katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, décembre 04, 2012

ce qui est négligé








"Le ruisseau ne chante jamais faux, c'est de cela que je me suis rendu compte au bout d'un moment. J'étais là, dans ce coin de forêt que j'entretiens depuis des années, je m'étais arrêté pour écouter, parce que j'avais l'impression que quelque chose m'appelait. C'était le ruisseau, dont la course frémissait des notes parfaites. Je me suis alors amusé à déplacer des cailloux, à en ajouter d'autres, à faire toute sorte de choses pour contrarier son cours. Mais c'était peine perdue, ou plutôt joie gagnée, par lui, quoique je fasse: le ruisseau ne chante jamais faux."

Il m'a glissé ensuite, en souriant, que c'était désormais au bord de l'eau qu'il allait venir accorder sa guitare.

La discussion avait commencé quand il m'a demandé pourquoi j'avais choisi tel livre d'enfants pour mon neveu. J'en avais aimé les illustrations, et la "leçon". Dans une forêt où les animaux les plus petits en ont marre d'être embêtés par les plus grands, voilà qu'un matin, les rapports de tailles sont inversés. Cela demeure le temps pour les grands de constater que leur comportement n'est pas toujours des plus charmants, et ainsi, quand tout rentre dans l'ordre, les rapports deviennent cordiaux.

"J'aime bien savoir pourquoi mes clients optent pour tel livre plutôt que pour tel autre, comme ça mon fond se constitue d'ouvrages qui me sont chers, et d'histoires que l'on ma racontées."

Comme Giono était entré dans la discussion, je suis parti en lui proposant un titre pour une nouvelle dont il aurait été l'anti-héros: "L'homme qui parlait à l'oreille de sa guitare alors qu'au milieu coulait une rivière"

Un peu long?!? Vous aimez mieux "Water guitar"?!?

Samedi nuit, alors que je cheminais dans le froid jusque chez moi, les étoiles de minuit me parlaient d'un deuxième jour de décembre ensoleillé. Il n'en fût rien. Tout du moins le matin. Le ciel marquait à sa manière la mémoire du tirer de rideau de Gary, il y a 32 ans. Snow day for Romain, près de trois ans après que Montréal a été ensevelie sous le blanc pendant plusieurs jours, sans interruption, quand Lhasa a arrêté de respirer.

Dimanche, traversant le pont de Pérolles, la neige se confondait avec la fumée d'une usine, un milan royal profitait des courants thermiques pour aller défier les flocons de plus haut. C'étaient comme des cendres qui s'éparpillaient dans mon champ d'inaction. Un feu s'était éteint, la météo avait soufflé sur le foyer, libérant des confettis de souvenirs.

A présent: collecter à nouveau du petit bois, empiler suffisamment de grosses bûches, rallumer la cheminée, mieux.

Faire sécher mes chaussettes, pour soulager mes pieds forts sollicités.

Faire danser mes mains dans le souffle des flammes, pour dessiner une chorégraphie de rires dans l'étirement des ombres.

Retourner marcher, léger, le souffle émoustillé par l'humble ballet de tout ce qui est négligé.

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

" Le ciel marquait à sa manière la mémoire du ìtirer de rideau de Gary il y a 32 ans.
Snow day for Romain-"
"La neige ,la bonne neige ...
( Education Européenne 1946.R Gary )

Merci ,Karim

07 décembre, 2012 04:00  

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