katchdabratch

Je voltige entre de fines gouttes de silence, laissant à mes ailes le soin de déposer quelques fleurs sur ce champ de neige endormi. Un monde enchanté, enchanteur, naît alors à la grâce de ces pétales de douceur. Des heures passées avec pour seule compagnie ma plume, clé de rêves merveilleux, et du papier, décors maintes fois recommencés.

mercredi, mai 14, 2008

La profondeur


"Si tu me permets d'ouvrir une parenthèse, en mettant un instant de côté tous mes lieux de passages terrestres, que ce soit Hollywood ou la Bolivie, je voudrais te dire que pour moi toute la notion de "profondeur de l'homme" n'a de profond que sa prétention. La "profondeur" est un rapport tragique que l'homme a avec sa superficialité foncière, lorsqu'il en prend conscience."

Romain Gary, La nuit sera calme

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vendredi, mai 09, 2008

Vive le dahu!!!

Il y a des phrases peu amènes qui circulent dans mon petit cahier intérieur, celui qu’il est impossible de fermer, un curieux mélange d’actualités, une soupe froide où macèrent des événements d’un peu partout, d’Autriche où une histoire déplorable donne l’occasion à Elfriede Jelinek de dénoncer encore un peu mieux le culte de la façade qui sévit dans ce pays carte postale (les ressemblances avec un pays de fondue et de chocolat ne sont pas fortuites et sont même revendiquées par votre jardinier serviteur), d’Argentine où les derniers Indiens guaranis, après le suicide de deux jeunes, ont décidé de se mettre en quarantaine pour lutter contre le fléau de l’alcoolisme et tenter de renouer avec leurs traditions, d’un peu partout en Suisse où les membres de l’UDC affichent de plus en plus la rancune qui les rassemble, la crainte de l’ennemi commun, notre pays s’est construit sur cette belle fraternité, peut-être est-il illusoire de vouloir en sortir, malgré l’abondance, à cause de l’abondance.

Le dénuement porte plus à l’amour et à la générosité que la possession et le pouvoir, mais je ne suis même pas certain que ce(s) mot(s) existe(nt) encore dans le dictionnaire.

Ceci dit, plutôt que de laisser le précoce vieux con prendre le dessus, je préfère vous servir quelque chose de plus « frais », avec l’impression que c’est aussi en renouant avec une certaine « fraîcheur », devenant ainsi réceptif aux clins d’œil que nous fait la vie, que l’on peut s’extraire de la Mascarade des puissants :

Je suis resté un moment à le regarder, absorbé qu’il était par sa lecture. J’attendais discrètement qu’il lève la tête pour me dire : « Bonjour monsieur ! C’est pour « Le Monde » et « Libération » ? Je vous les ai délicatement mis de côté ! ». C’est un type d’une cinquantaine d’années, il a repris le kiosque de la petite dame qui croyait que j’étais violoniste, elle passe encore de temps en temps, pour lui donner des conseils, parce qu’elle n’arrive pas à se faire à l’idée qu’elle ne travaille plus, parce qu’elle sait quand je viens et qu’elle aime bien me parler de son mari.

Je l’observais donc, ce drôle de bonhomme, me réjouissant de voir ce qu’il lisait, espérant pouvoir engager la conversation.

Il a levé la tête, m’a salué, a enchaîné avec ses paroles habituelles.

Devant lui, soigneusement plié pour ne pas perdre sa page, « Le journal de Mickey » lui souriait.

J’ai eu très envie de l’embrasser, mais, avec mes deux journaux dans les mains, je me suis dit qu’il prendrait sans doute peur, alors je me suis éclipsé sur le pointe des pieds, le laissant en bien meilleure compagnie que la mienne.

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mercredi, mai 07, 2008

Une joie incroyable


"Une panique indicible balaie tout - comme dans ce tableau de Goya, au Prado, où l'on voit le monstre qui emplit la toile tandis que sous lui la tempête de peur emporte la foule: seul, au premier plan, un âne se tient immobile et paisible, - l'intuition fulgurante de la contingence, de l'inimportance de tout, une terreur sans nom, à moins que ce ne soit le pressentiment d'une joie incroyable."

Jean Sulivan, Mais il y a la mer

lundi, mai 05, 2008

Eveil printanier

Le bleu et le vert se prennent dans les bras.


Quelques fleurs osent une main sur leurs épaules.


D’autres jouent les parures somptueuses, baisers éblouissants glissant le long de la nuque, s’attardant sur les poignets.


Caresses. Paresse. Doux murmures d’ivresse.


Les hommes en gris ne voient pas tout ce que, prétendant bâtir, il démolissent.


Heureusement que les étreintes colorées n’entendent rien à cette folie.


Une somptueuse surdité menacée.


Alors lui offrir le refuge des mots, le réconfort du papier pour s’opposer à l’arrogance du confort bétonné.

mardi, avril 29, 2008



"Il restait là, à l'écoute des battements de son cœur, comme s'il redoutait que son cœur s'annule. Le monde, maintenant, passait trop loin pour qu'il prétende s'en approcher, participer de son ardeur par un désir , une soif, un geste. Et comme d'autres, plus exigeants que lui, mouraient de ne pas mourir, il comprenait peu à peu que la plus grande souffrance d'un homme était de n'en éprouver aucune et d'accueillir en soi, par mille démissions infimes, le triomphe du néant."

Claude Esteban, La mort à distance

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vendredi, avril 25, 2008

Baiser émietté

M’étant rendu compte, réfugié au Café de la Marionnette, que ma pressante envie de salade allait se trouver contrariée par le fait que j’étais désargenté, je décidais de m’éclipser discrètement, laissant en l’état le chantier en quoi j’avais transformé ma charmante petite table.

Alors que je marchais à la recherche de quelques pièces perdues, tout content de mon évaporation, un mot s’en est venu papillonner à ma suite : Songe.

S’inscrivant aussi bien à l’orée de mes oreilles que dans le miroitement de mes pupilles, il se décomposait alors en deux pétales brûlants : Sang et Ange.

Je les laissais infuser dans la théière de mes rêveries, ne pouvant m’empêcher de sentir à l’œuvre un des aspects éclatants de l’écriture, cette possibilité offerte, en permanence, de cristalliser ce qui ennuage le ciel de ses pensées, de donner à voir les ailes et les blessures qui se cachent sous un mot, sous ce mot : Songe.

Une pâte à modeler qui permet de façonner les figurines qui peuplent vos nuits, puis de les déposer sur le rebord de la fenêtre donnant sur votre cour intérieure.

Un bourdon sans vie, allongé entre deux pavés, petite peluche impeccable donnant l’impression d’avoir été empaillée ; l’attroupement provoqué, sous le pont du milieu, par un morceau de pain lancé à un canard égaré ; les intermittences du soleil ; la personne âgée qui avançait à peine, souriant, une « pizza à l’emporter » dans les mains.

J’aime aussi me persuader qu’écrire consiste à consacrer la victoire de ces images sur celles, étouffantes, des prétendus rois de l’éloquence qui déferlent sur les écrans, de la marée (ou de l’armée, à choix) automobile, des téléphone qui semblent « piercés » tant ils ne se détachent que rarement des têtes dépensantes.

Ecrire, pour moi, c’est espérer très fort être ce petit bout de pain, hasardé dans la Sarine, provoquant un léger trouble à la surface de l’eau, attirant quelques curieux, puis disparaissant après avoir constitué un bref instant de grâce, sur la langue, autour de la langue.

Etre un minuscule baiser émietté de mots savoureux.

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jeudi, avril 24, 2008


"S'il n'y avait pas des choses comme ça, l'écriture n'aurait pas lieu. Mais même si l'écriture, elle est là, toujours prête à hurler, à pleurer, on ne l'écrit pas. Ce sont des émotions de cet ordre, très subtiles, très profondes, très charnelles, aussi essentielles, et complètement imprévisibles, qui peuvent couver des vies entières dans le corps. C'est ça l'écriture. C'est le train de l'écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C'est de là qu'on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui néanmoins, tout à coup, s'emparent de vous."

Marguerite Duras, La mort du jeune aviateur anglais