katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

lundi, octobre 10, 2011

défroque réconciliée






Ben ça alors, un clip avec une chanson cachée, comme sur les CD de mon adolescence. C'est ce que je me suis dit en voyant quelque chose bouger sur le petit écran, une fois le morceau terminé. Mais en fait non, blaireau que je suis ; c'était mon reflet en train de boire du thé.



Une image sur laquelle on ne peut pas distinguer un changement important, même si encore infime, dans ma physionomie ; une ondulation qui me réjouit au plus haut point : des cheveux blancs commencent à clairsemer mes tempes.



Depuis que je vis comme un saltimbanque philosophe, j'attends cette poussière des années pour gagner en crédibilité, pour que mon « entourage » (qui au fond, du fait de mes vagabondages, ne l'est plus) se rassure et accepte mon éloignement des rails. Ma sortie de piste diront certains.



Maintenant que ma perruque est un peu lessivée,



« Vous n'auriez pas dû vous couper les cheveux, » m'a dit une des deux personnes de la sécurité, chez Portugal Telecom, alors qu'elle regardait la photo sur mon passeport, « cela vous allait à ravir. »



que ma barbe et ma toiture se grisouillent,



« C'est qu'on me prenait souvent pour un hippie, pis ce n'était pas très pratique pour courir et nager. »



je suis conscient que cela ne marche(ra) pas, les éternels inquiets



« Vous savez, ce que les gens disent, il convient souvent de le balayer du revers de la main. »



le resteront. Mais cette petite touche nouvelle me réjouit quand même grandement.



Arrivant à une place de jeu avec Sara – je suis désormais baby-sitter, auf deutsch, et homme-de-ménage, dans la langue qui me sied -, on a vu un SDF en train de prendre ses quartiers dans une cabine téléphonique. Comme elle était ouverte, en bas, il l'avait isolée avec du carton. La petite s'est approchée de lui



début du sourire



l'a salué



un visage qui s'ouvre



et lui a présenté sa peluche. C'était une Maya l'abeille presque aussi grande qu'elle. « Elle pique et fait du miel », lui a-t-elle expliqué. « Parfois elle chante aussi. »



un homme se confondant avec sa défroque, attendant le trépas, réconcilié pendant un souffle de secondes avec le monde



On est repassés vers lui, en partant, il dormait, calé – "cougné" serait plus de circonstances - dans son mètre carré. "Chut", m'a intimé Sara.



Je voulais le réveiller, juste pour lui demander s'il pensait que Steve (a plutôt bien fait son) Jobs avait changé sa vie, comme j'ai pu le lire partout. Au cas où il n'aurait jamais entendu parler du bonhomme, je lui en aurais touché deux mots, puis lui aurait cité cette phrase qu'il a – elle varie légèrement suivant les journaux – semble-t-il prononcée il y a quelques années : « la mort est peut-être la meilleure invention de la vie ». J'avais envie d'une session de philosophie appliquée.



« Chut » me répétait Sara.



Cela me démangeait aussi de l'interroger sur des propos entendus un peu plus tôt. Une dame m'avait fait savoir, je venais de m'excuser en la croisant dans un couloir étroit, qu'en Amérique du Sud (elle est péruvienne) les gens ne demandent pas sans cesse pardon, parce que c'est un signe de manque de confiance en soi. Elle a enchaîné avec un amoncellement de stéréotypes, en profitant pour m'expliquer « comment sont les Portugais et pourquoi leur pays va s'y mal. »



Qu'est-ce que notre nouveau pote, dans son abri d'infortune, avait à ajouter à ces inepties ?!?



« Chut » me répétait Sara.



On aurait pu enchaîner sur un autre des plis du tapis sur quoi je trébuche souvent, la notion de patrimoine de l'humanité, et son rejeton nouvellement loué : patrimoine immatériel de l'humanité. Le fado en sera-t-il, comme le souhaite tout un tas de personnes plus ou moins bien intentionnées ?!?



Dans la Mouraria, son berceau, ce quartier que la Chambre Municipale est en train de lifter à grands coups d'événements plus ou moins bidons, et en croisant les doigts pour que des privés investissent dans les vieilles bâtisses, on peut voir des affiches de personnes y vivant depuis longtemps, elles aspirent à « moins de propagande, à plus de soutien réel». Ils aimeraient bien que mémoire



et si on causait un peu liquidité ?!?



ne rime pas toujours avec passoire. Je proposerais volontiers la Connerie, pour le patrimoine immatériel de l'humanité, mais j'ai peur qu'on me réponde qu'elle n'a vraiment pas besoin de ça pour être pérennisée. On aurait diablement raison.



« Chut » me répétait Sara.



Chute. Envole. On gigote sur la moyenne des deux, une ligne médiane qui a parfois le hoquet. Sur le cou, laissée par ces moments de grâce et de désœuvrement, une marque indélébile qui ne s'évite pas, qui ne se voit pas toujours ; mais qui sévit.


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1 Comments:

Blogger Alexandre said...

Le patrimoine culturel immatériel: prendre une pratique en mouvement et la figer dans une administration, la mort.

Je n'ai jamais compris pourquoi les hommes ont besoin de catégoriser tout ce qui les entourent. Cette catégorisation tue peut-être une pratique plutôt que de la sauver dans la mesure où on fait du sensationnel pour que l'activité appartiennent à un soi-disant "Patrimoine mondial".

Le passage où tu parles des événements bidons reflète parfaitement cette mort d'une pratique. Je ne dis pas qu'il ne faut pas "généraliser" (je mets entre guillemets parce que ce n'est peut être pas le bon mot) des pratiques.

Mais le souhait d'inscrire une activité culturelle sur une liste, ne fige-t-elle pas l'évolution de celle-ci?

Je me pose cette question alors que je "travaille" pour l'inscription du patinage sur le Doubs sur la liste cantonale car, à Neuchâtel, l’État a mandaté l'institut d'ethnologie pour faire ce travail. Que de contradictions!

Au plaisir de te recroiser sur les routes qui prennent le virage du monde!

Alex

12 octobre, 2011 10:41  

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