katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, janvier 27, 2009

Une figure imprévue


J’ai pris goût au voyage en solitaire en allant à Florence, en 2000. J’avais pourtant fait, dans le train de nuit qui partait de Lausanne, une rencontre plutôt déstabilisante.

Comme je m’y étais pris le jour même, j’avais dû réserver dans les compartiments à trois couchettes. En arrivant, un Monsieur très bien comme il faut, rentier de son état (je ne le savais pas encore, évidemment), m’avait déshabillé du regard d’insistante manière. J’étais allé lire sur un strapontin, tentant de me convaincre que ce n’était qu’une interprétation déplacée. Mais non, pas du tout, il était venu peu après me proposer, ceci absolument sans préambules ni pincettes, de devenir son gigolo pour quelque temps.

J’avais poliment décliné, mais il s’était tout de même senti obligé de me laisser ses coordonnées. Il serait de nouveau au Palace de Lausanne, quelques mois plus tard, alors si j’avais « changé d’avis quant à mes perspectives d’avenir », il ne fallait pas que j’hésite.

Dois-je préciser que je n’avais pas spécialement dormi cette nuit-là ?



Dans mes périples en solitaire, un élément a souvent préoccupé mes amis : est-ce que cela ne me dérangeait pas de manger tout seul ?

Je pensais à cela, à midi, en parcourant le Matricule des anges, un bol de soupe entre le magazine et moi. Je dois bien dire que non, au contraire, c’est plutôt drôle d’observer ce qui se passe, de se concentrer sur quelque chose (je crois que c’est en courant et en mangeant que je réfléchis le plus). Et j’ai fait de bien agréables rencontres, de la sorte ; parce que c’est intriguant, un jeune homme qui est seul à une table.



Le Matricule de ce mois met Tanguy Viel à l’honneur. En parcourant l’entretien, j’y ai appris qu’il a commencé à écrire parce qu’il s’était, après un déménagement à Brest, senti à l’écart de ses nouveaux camarades. Il avait été élevé avec des principes bourgeois qui ne collaient pas du tout avec l’école publique, il avait mal vécu de se retrouver plongé au milieu des autres.

Je lisais ça en me disant que, personnellement, c’est exactement le mouvement contraire qui m’a amené aux livres et à l’écriture. L’envie de me sortir des lieux où j’avais ma place, parce que cela ne me suffisait pas. Envie de m’extirper d’une sorte de facilité, de me confronter.

Ici, on me considérait, qui plus est de manière positive, par bonheur. Mais ailleurs ?

J’ai copié à Raoul, la semaine dernière, ces mots de Joë Bousquet qui résument, je crois, ce que je tente de vous formuler :

« Échapper à la nécessité d’incarner au milieu des hommes une figure prévue ».

Mais j’ai conscience que si je me sens capable de partir comme cela, c’est parce que je sais que, pour certains, je représente une absence qui est, malgré tout, très présente ; parce que je suis persuadé de connaître quelques phares où venir grignoter du pain quand j’en aurai assez du grand large. Plusieurs portes qui, comme elles l’ont déjà fait souvent, s’ouvriront avec des cris et des rires.



Depuis que j’ai posé le pied sur le sol portugais, il se passe quelque chose d’assez fou, au niveau de ma boîte aux lettres électronique. Des confidences, des encouragements, des questions, … Pas que cela ne m’arrivait jamais avant, non, mais juste avec quelques personnes, autrement cela restait peu fréquent. Là c'est devenu un quasi plébiscite.

Et voilà qu’aujourd’hui j’avais même une surprise « palpable ». Dans l'autre, de boîte aux lettres. Une enveloppe contenant une carte estampillée Champagne, de ma grand-maman, une où se devinait un « marchand de bonheur », envoyée par ma grande sœur, et un dessin de Lulu, mon petit chameau, avec un papillon, une fleur et un soleil.

Je ne me permettrai pas de recopier leurs phrases. J’ai plutôt en tête celle de Thomas, lorsqu’on le complimente. Il fait une petite mimique, rigole et dit :

« Comment ? Je n’ai pas bien compris ce que vous avez dit ?!? »

Alors je lui emprunte sa formule, et la fait mienne pour tous ceux qui me régalent de leurs gentillesses :

« Comment ? Je n’ai pas bien compris ce que vous avez dit ?!? »

2 Comments:

Anonymous Denise said...

Yououou, j'adore...
Et puis aussi
« Échapper à la nécessité d’incarner au milieu des femmes une figure prévue » ;-)
je crois que c'est un peu ce que j'ai trouvé dans "parole de femme" d'Annie Leclerc...
toi aussi en éclairant des pans de livre sur ton blog, t'es une sorte de phare...
dans un océan de mots...ou dans la tempête...
le "phare à livre" donne de pistes à saisir...ou des pistes juste pour le plaisir de lire...yououou, le jour se lève ;-).

28 janvier, 2009 08:46  
Blogger Lise said...

tiens, la frangine aussi a posté un com' ... j'irai donc dans un autre sens ... c'est marrant ce qui nous pousse à écrire ...

Quand on était à l'école, je me souviens qu'elle disait souvent, la frangine donc, combien elle aimait jouer avec les chiffres. C'est un concept que je n'ai jamais compris.

Et me voilà, des années plus tard, en train d'imaginer écrire en énorme sur le mur du salon "LES MOTS PAUSENT" ou alors "LES MOTS POSENT" ou bien "LES M'OPPOSENT" ... je ne sais pas comment ils arrivent ... c'est comme une pelotte de laine qu'il faut démêler. On y arrive jamais vraiment. Ca fait des noeuds. Ils s'entrechoquent. Tiens, voilà,c'est comme un artiste. J'aime quand ca choque. Il faut sortir des sentiers battus. Trop traditionnels. Triturer, tourmenter pour que ca devienne intéressant.

Ecrire c'est Comme une vanne qu'on ouvre. Ecrire, écrire, écrire ... Des minutes éffrenées sans relecture. COmme une transe. Impossible de gérer, impossible de distinguer le vrai du faux, ils prennent le contrôle, c'est une rebellion, un coup d'état.

Pour moi, écrire c'est combler.

05 février, 2009 02:00  

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