katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, janvier 09, 2009

Tout ce qui dans le soir bouge doucement



« Ne pas avoir à dire « je » ni davantage « elle », mais autre chose, un mot, un pronom qui cachant et dévoilant, donnant et reprenant dirait ce que nous sommes et la manière dont nous l’entendons. »

En regard à mon habituelle boulimie de lecture, j’ai pris très peu de livres avec moi. Puisque de lecteur compulsif, il s’agirait de réussir à devenir un scribouilleur moins poussif. Il y a un seul ouvrage qui m’apparaissait indispensable, en ce qu’il fait très exactement écho, dans son ton, dans sa tenue aussi bien que dans sa retenue, aux pages que j’aimerais voir naître sur Béatrice. « L’emprise » de Michèle Desbordes, un souffle qui m’avait traversé lors d’une nuit solitaire en Avignon, j’avais tout de suite su que j’y reviendrai. Ces pages font comme corps avec mes divagations intérieures.

L’impression, naïve, mais qu’à cela ne tienne, que des paragraphes ont été écrits pour moi. J’aime d’autant plus cette sensation qu’elle est très exactement celle qui amène le Gregorius de Pascal Mercier à prendre un train de nuit pour Lisbonne.

« Je rôde, je marche là dans le tournant du fleuve, j’attends le moment où en bas dans de grands cris d’oiseaux, le bleu m’apparaîtra, immense et profond comme une mer, le vieux pignon, la grande, haute maison sur sa falaise. Tout ce qui dans le soir bouge doucement. La vie invisible, le temps derrière les murs, les fenêtres. »

Les derniers jours de cette écrivain épousent les contours de mes questionnements. Elle s’en est allée quelques jours après mon 25ème anniversaire. Je me revois encore apprenant cette nouvelle en lisant le journal, une disparition qui, comme ses livres, s’est faite en toute discrétion. J’avais découpé l’article, l’avais collé sur la porte de ma cuisine.

Quelques mois plus tard, j’ai su que ce qui avait été présenté comme un décès des suites d’un cancer était en fait une décision d’en finir prise depuis longtemps. Que pour ce faire, elle avait dû avoir recours à un ami, et à une association considérée en France comme illégale.

Il y a, depuis lors, eu Chantal Sébire pour relancer le débat sur l’euthanasie dans l’hexagone, mais, comme le veut la terrible loi de la désinformation de masse, passé le coup médiatique, seuls quelques militants continuent de se battre. En Suisse, Dignitas et Exit ont le droit de proposer leurs services, mais cela se fait sans véritable législation, un flou juridique persiste.

C’est donc aussi les cas les plus tristement spectaculaires qui font réagir l’opinion ; puis on oublie, on se rappelle qu’il y a un match de foot, ou que Paris Hilton a mangé une pousse de séquoia argentin.

Nous avons beaucoup parlé du suicide et de la mort, pendant mes deux années fribourgeoises, il s’agit de thématiques, dérangeantes mais fondamentales, qui, du fait qu’elles ne sont pas très marketing, ni merchandising, sont souvent glissées sous le paillasson. De toute manière, le XXI ème siècle des puissants verra l’avènement du jour où un millionième de la planète aura le droit à la vie éternelle.

Les battements du cœur, comme les maladies en tous genres, ne sont que des détails techniques. On pourra bientôt choisir le poids et la couleur des yeux de son bébé. J’espère que cela vous réjouit.

Bon, je pensais d’abord vous parler de Lisbonne, du fait qu’elle fait mieux que combler mes attentes, j’aurais joint plein de photos, et voilà que le sermonneur a repris le dessus…

Votre serviteur vous demande humblement de bien vouloir l’excuser, il se rattrapera très vite. Il en profite pour remercier celles et ceux qui font palpiter les commentaires. Maintenant que j’ai une connexion près de mon lit et de ma cafetière, je serai plus actif, et plus interactif.

Pour clore ce message, je m’en remets à ces mots que Barthes a prononcés lors d’un entretien accordé au quotidien italien Il Corriere della sera en 1969 (dois-je préciser qu’il s’agit des raisons pour lesquelles il estime qu’il convient d’écrire ?) :

« Pour contribuer à fissurer le système symbolique de notre société. Pour produire des sens nouveaux, c’est-à-dire des forces nouvelles, s’emparer des choses d’une façon nouvelle, ébranler et changer la subjugation des sens. »

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2 Comments:

Blogger Alexandre said...

En espérant que ton voyage se déroule comme tu le souhaites. Je te souhaite, avec un peu de retard, bonne année!

J'espère aussi que tu trouves l'inspiration. Sinon, dis-moi quant tu es plus ou moins établi quelque part!

Bonne

Wälti

10 janvier, 2009 11:48  
Blogger béatrice said...

Cher Karim,
merci pour ton courriel, j'aime bien te suivre sur tes traces lisboètes que je reconnais pour une partie. Les photos sont un moyen magnifique de faire participer autrui à ton séjour.
Ici nous sommes ensevelies sous la neige et le froid, brr.....
Je te souhaite plein succès et des rencontres intéressantes, à plus, bisous Béatrice

13 janvier, 2009 12:45  

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