katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, novembre 22, 2013

cette agrégations d'ombres








Il y avait, flottant à la surface de cette agrégation d'ombres qu'est le Léman en hiver, un hippopotame en bois. Une mouette lui poinçonnait le dos. Propice à la rêverie, cette vision fit passer par ma tête tout un maelström, à ne pas confondre avec Stromae, d'instantanés:

les eaux de la Thièle, débouchant brunâtres dans le lac de Neuchâtel, autre mosaïque d'obscurité huileuse

l'allée de peupliers se reflétant dans les champs détrempés, mélangeant tout: ciel, terre et rivière; hérons, arbres et moi; petit moi qui courais l'âme déployée

Javier Mascherrano qui dit que le football est la dynamique de l'impensable

la dame toute vieille et toute chou, assise au fond de sa banquette turquoise, dans le café du Chat Rouge, à Vevey, équipée de lunettes de compète, qui lisait du bout des lèvres, des yeux et du cœur un article sur Federer, le faisant en laissant échapper un bruit étouffé ressemblant fort à un ronronnement

des p'tits mecs qui, après avoir tapoté dans un ballon, étaient allé s'asseoir pour discuter entre potes, leur dialogue muet s'inscrivant dans le joyeux bordel des feuilles qui tourbillonnaient, vertes, jaunes, rouillées, entonnant l'automne descendant sur les Hommes; l'autoroute n'était pas loin, bourdonnement léger, balafre durable et pratique dans le paysage; puis les deux colinets avaient recommencé à jouer, chacun son but, western familier de mon enfance; au début du sentier bétonné que j'étais alors sur le point d'emprunter, à la recherche de quelque goûter biscuité, était inscrite une injonction fredonnant une autre relation à je, à tu, à ils, à nous, à vous: Priorité aux piétons


Prenant place dans le train, je sortais mon calepin pour y noter des bribes de ce qu'un tronc inspiré m'avait soufflé, me disant une nouvelle fois qu'écrire est pour mes doigts dessiner le fil d'équilibriste sur lequel j'ai marché, je marche, je vais marcher.

Je pensais donc noter ces fragments de douceur, mais c'est la violence de l'échange, à mes côtés, qui m'a happé:

"Elle me disait qu'elle voulait voir son bébé, mais il est mort il y a deux mois, tu comprends, mec, il y a deux mois, et les médecins ne lui ont rien dit. Elle chialait,mec, j'avais envie aussi, j'te jure mec, mais plus elle insistait, plus elle chialait et plus j'étais à deux doigts de la baffer, mec, pour qu'elle arrête, pour que tout arrête, pour que ça cogne en dehors et plus dans ma tête. Elle me soûlait grave, mec, tu comprends, elle me soûlait mais je savais que c'était pas elle, que c'était tout le reste, tout autour, toute cette vie de merde qu'on essaye de tuner, mec, mais c'est juste du maquillage et des mensonges. De la tricherie aussi, mec, oui, de la tricherie. Je voulais pleurer, mec, je voulais la baffer et moi avec, je voulais gueuler stop et tout recommencer autrement, mais c'était pas possible, tu comprends, mec, c'était pas possible. Elle arrêtait pas de se toucher les mains et moi j'voulais lui les faire bouffer, ses mains, mec, alors qu'il aurait simplement fallu les prendre et les caresser, mais j'pouvais pas, mec. J'pouvais pas."

2 Comments:

Anonymous virtuelle said...

une ambiance "moderato cantabile" à la Duras.
Je reviendrai certainement ici.
Bien à vous

22 novembre, 2013 07:54  
Anonymous Anonyme said...

Une petite voix d’une multitude…

Je me réjouis du revival de ce magnifique Blog, te sentir ‘marcher’ et souhaite que ta ‘marche’ soit encore et toujours plus inspirée, plus forte et profonde…

Lectrice fidèle.

26 novembre, 2013 20:42  

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