katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

dimanche, septembre 06, 2009

au détour d'une confidence

Le froid s'entortille à nouveau dans les filets que la nuit lance pour nous capturer, la lune contemple le travail, pleine, goguenarde; alors enfiler "une petite laine", et "glisser une couche dans son falezard" en pensant à ma mère-grand; qui n'a pas froid aux reins rien ne craint.

"Tu ne trouves pas qu'elle a un petit air d'Agnès Jaoui?"

"Je ne sais pas qui c'est."

"Mais oui, elle a écrit et joué dans plusieurs films avec Bacri."

"Depuis "The Wall", des Pink Floyd, je ne suis pas retourné au cinéma. J'ai pris ça en pleine face, je me suis dit qu'il n'y avait plus rien à ajouter."


Je l'écoute, je sonde ces yeux qui, survolant les blagues qu'il n'a de cesse de raconter quand il y a du monde, dégagent une tristesse infinie.Y brille également l'éclat terne de celui qui se sent profondément coupable de vivre là où il vit, alors que d'autres; alors que la grande majorité des autres.

Avant ces propos venus confirmer ce que j'avais deviné dans ce regard en eaux troubles, il m'avait parlé d'un documentaire sur les nanotechnologies, sur ce que sera le monde de demain pour une poussière dorée de l'humanité; des humanoïdes sans cancer, des sourds et des aveugles qui ne le seront plus, une reproduction asexuée; la mise en place de bien des univers fantasmés par des auteurs de SF visionnaires, rien de moins.

Je songe à mes grands-parents, à la place qu'ils ont eu dans mon existence, qu'ils ont toujours puisque je déambule en équilibre sur un fil tissé de souvenirs et de rêves; des envies que, pour beaucoup, je leur dois.

La vieillesse, la maladie, la mort, je ne peux m'empêcher de considérer cela comme des branches composant l'arbre que le petit gosse que je serai toujours gravis depuis ses premiers pas; parfois il y en a une qui casse, alors il faut tenter de trouver une autre prise, parfois on se retourne pour tendre une main; je n'ai pas envie que l'on rase les branches et que l'on mette une échelle; je n'ai même pas envie d'une corde, je m'en remets à moi et aux autres grimpeurs; souvent, on s'assied, on contemple la vallée, on lève la tête en souriant puisque l'on sait bien qu'il n'y a pas de sommet, que c'est aussi cela qui nous plait; on mange un bout de fromage avec un petit verre de blanc, "on s'fait un grognard" comme on dit par chez moi, puis on repart, en tout cas certains, avec l'envie de ne pas prendre trop de retard sur cette vie qui donne à la curiosité mille moyens de s'assouvir.

Dans son nouveau livre, que je n'ai toujours pas lu, Quignard écrit qu'il a passé sa vie à chercher les mots qui lui faisaient défaut; quête de(s) sens et d'essence tellement plus louable que la création délurée de nouveaux besoins qui caractérise la prise de pouvoir de la Science et de la Finance.

Le froid s'entortille à nouveau dans les filets que la nuit lance pour nous capturer, la lune contemple le travail, pleine, goguenarde; alors enfiler "une petite laine", et "glisser une couche dans son falezard" en pensant à ma mère-grand; qui n'a pas froid aux reins rien ne craint.

"Et toi, Karim, on ne t'entend pas; tu es toujours aussi sage et silencieux?"

Je souris, je pense à ce que diraient les Petchons s'ils entendaient ça, ou les potes du basket qui, un soir où ils étaient venus manger une raclette à la maison, m'avaient demandé, tout surpris, à qui étaient ces bouquins qui débordaient de partout.

Sortir de mes marques, c'est aussi redevenir cette observateur que je ne peux plus être quand je suis dans un environnement où je suis considéré comme un moteur.

Qui a dit un agitateur?

Me déplacer, voire m'effacer parfois, c'est me donner la possibilité de me révéler pleinement dans ce balancement entre "méditation" et prises de position.

Ce que j'aime plus que tout, dans ce décalage, c'est combien il permet à d'autres, connus ou inconnus, de laisser surgir des mots que le quotidien semble avoir empêchés, que les habitudes ont entachés.

Des paroles empêtrées surviennent au détour d'une confidence, et , dans cet instant où le moment se pare de confiance, quelque chose survient qui, même quand il me laisse sans voix, surtout quand il me laisse sans voix, a un goût d'absolu.

Envie de passer ma vie à sculpter ma sensibilité en débusquant, dans cette partie cachée que certains êtres me découvrent, les mélodies à même de se déposer sur des battements de cœur; ou d'embrasser leur arrêt.

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2 Comments:

Blogger Lise said...

hello Karim !

Toujours autant de plaisir à te lire ... Moi, je me demande si les autres, oui, la grande majorités des autres, sont vraiment conscient de leur vie sur cette Terre. Ils semble vivre leur chemin sans jamais réfléchir, méditer. Je me demande comment celà est possible.

Ou alors, est-ce qu'on aime être des funambules ? Entre brouahas humains et retraites silencieuses ? Je fonctionne comme cela ... j'ai besoin de la compagnie des hommes, d'être entourées d'amis, etc ... ce qu'ils m'apportent est vital : le partage, les débats, quelques grains de folies. Mais souvent, cela m'épuise. Non pas que ce soit un effort de les cotoyer, mais j'ai besoin de ce repos de l'âme pour me sentir centrée. Sans recul, en-dehors de la société, je dévie de mon centre de gravité. Je me perds dans ce monde. Mes repères, mon équilibre est dans un monde que je suis la seule à fréquenter.

Au plaisir de te lire.

bisous.

06 septembre, 2009 14:21  
Anonymous Denise said...

"Sortir de mes marques, c'est aussi redevenir cette observateur que je ne peux plus être quand je suis dans un environnement où je suis considéré comme un moteur."
J'avais pas encore lu ce poste...et j'ai adoré et eu envie de le commenter...mdr de voir les mots qui s'y trouvent déjà ;-).
Bon alors, j'ajoute quoi? ;-)

De mon côté je me demande, parfois, comment c'est chez les autres... il me semble que chacun est multiple et pourtant reprend facilement sa place (la place qu'il s'est attribué? qu'on lui a attribué?) lorsqu'il est à nouveau dans le même environnement.
J'aime donc croiser des gens dans différentes situations, les voir sous un autre angle, les voir changer...les voir être ou devenir (réellement ou à mes yeux?), un peu plus comme ils sont: multiples.
Et me dire qu'il y a toujours des parts qui nous échapperons chez l'autre, chez les autres et j'aime ça, cette insécurité... qui échappe aux classements.

05 octobre, 2009 21:40  

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