katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

lundi, août 17, 2009

de manière délicieusement décalée







« Vous faites quoi ici ? »


Nous étions assis avec Maud, cafés sur le point d’être avalés ; son vélo, ainsi que celui que Pablo m’avait bien gentiment mis à disposition, se devinaient au coin de la rue ; deux bicyclettes à la dégaine magnifiquement anachroniques.


« Vous faites quoi ici ? »


Quel âge pouvait-elle avoir ? Sept, huit, neuf ans ?


« Moi je suis en vacances ! Cet après-midi, je vais à la piscine avec quelqu’un. »


Maud a une bouille de loutre, moi on ne sait pas très bien, mais un « on ne sait pas trop bien » plutôt souriant, alors ces rencontres spontanées, quand nous sommes les deux, ne sont pas rares. Ce qui me ravit.


Nous avons papoté un moment, de manière délicieusement décalée, puis elle s’en est allée vers sa maman.


Elle est revenue avant de partir pour de bon.


« Toi, tu t’appelles Katchi ! », m’a-t-elle dit, malicieuse, « Salut Katchi ! ».


Estomaqué j’étais ; je le suis d’ailleurs à nouveau au moment où je vous écris ce petit rien qui scintille.


J’y ai repensé hier pendant que je terminais un livre somptueux, un livre que j’avais hésité d’acheter, la veille. Il y avait un petit moment que je voulais lire un ouvrage de cette femme dont l’émission « Carnets nomades », sur France Culture, est un vrai régal : Colette Fellous.


« Je dois rejoindre cette respiration qui court sous mes mots, cette matière qui n’est ni du langage, ni des couleurs, ni des odeurs, ni des paysages, non, autre chose qui traverse le regard, qui donne l’élan. C’est cela la matière du tableau où j’habitais. »


Il s’intitule « Avenue de France » ; Tunis et Paris y voltigent, passé et présent aussi. Il m’a suffi de lire le premier paragraphe pour que le charme opère ; je n’ai ensuite eu d’autre possibilité que de le humer d’une traite, heureux d’avoir cédé à la tentation.


Je ne suis jamais très raisonnable quand il est question de bouquins. Je n’ai pas l’impression de faire un achat, j’ai le sentiment d’améliorer la qualité de ma respiration ; avec qui plus est la possibilité, une fois la dernière page goûtée, de faire tourner cette bombonne d’air frais.


Celle-ci, je vais l’envelopper joliment, puis l’envoyer à Manel, sans hésitation ; je suis certain qu’elle y grappillera de petits bouts de moi.


Je vous disais que je repensais à la petite fille qui avait deviné comment je m’appelle, enfin non , encore plus fort, comment mes amis m’appellent, j’y repensais sur une terrasse dans la rue de Ste-Colombe, charmé par l’endroit autant que par ce nom qui me donnait l’impression d’être en compagnie de Pascal Quignard, cet écrivain de ma famille dont « Tous les matins du monde » avait constitué nos présentations.


« Enchanté », avais-je bafouillé après quelques pages.


Jamais eu de réponse, mais je ne suis pas le genre à me formaliser pour un détail aussi insignifiant.


Le nouveau fragment de son « Deniers royaume » m’attend chez Céline, à Chatou ; il y a été déposé par Céline, d’Yverdon.


Valse à mille temps possible grâce aux livres ; ma courte vie est déjà un ballet de pages folles ; oh yeah.


Je repensais au talent divinatoire de cette petite fille bien peu farouche quand une femme d’une beauté à même de consumer les rétines les plus sensibles s’est assise en face de moi, ou à peu près.


Je baissais les yeux, c’est que je tiens à mes pupilles, j’imaginais que j’allais à un moment donné entendre cette œuvre d’art me glisser au creux de l’oreille:


« Toi, tu t’appelles Katchi ! ».


Quand je suis sorti de mes rêveries, quelques minutes plus tard, un sourire d’une effarante niaiserie scotché au visage, ce fragment de ciel aux courbes hautement inflammables avait disparu ; je guettais un billet, je demandais à la serveuse si elle n’avait pas quelque chose à me dire.


Nada, niet, rien.


Peut-être à la piscine ?


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4 Comments:

Blogger Ondine said...

Il y a des rencontres comme celles-là qu'on doit vivre dans l'instant, dans l'intensité, qui nous interroge après. Au fond, c'est tant mieux. Ton surnom a dû lui paraître l'évidence même, tout simplement. ;-)

21 août, 2009 21:06  
Anonymous Yoyito said...

Bonsoir. J'ai découvert ton Blog grâce à Akiko, et moi qui ne suis vraiment pas habitué à parcourir des blogs, j'ai eu l'occasion de passer une soirée magnifique en compagnie de tes mots et de tes images. Je tenais à te remercier pour la fraîcheur que tu peux transmettre par le biais de ce blog. Juste un petit reproche, malgré le contenu largement suffisant, ton blog est à mon goût un petit peu trop court ! Je pense que j'aurais pu rester à dévorer tes paroles des heures durant ... Aussi pour finir j'aimerais bien partager avec toi un petit bout d'un poème de Antonio Machado : "Caminante no hay camino, se hace camino al andar" soit en français "Promeneur il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant." En espérant voir ce blog s'agrandir prochainement, je te souhaite une bonne continuation !

24 août, 2009 02:42  
Anonymous Yoyito said...

Ps : Akiko tient particulièrement à ce que l'on se rencontre, donc si jamais tu repasses par Carcassonne, tiens la au courant et on pourra éventuellement partager un moment ensemble !

24 août, 2009 02:47  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour, je suis de retour moi aussi...

"Toi, tu t'appelles Katch"

Et moi, je vous appelle par votre prénom... Oui, j'ai de la suite dans les idées !

Merci pour la citation de Colette Fellous et bonne rentrée.

Marie-Christine

24 août, 2009 13:34  

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