katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

dimanche, juin 07, 2009

un ciel orageux qui nous est conté






« Et si tu n’es pas là, qui est cet étranger qui parle avec ta voix ? »


Une petite quinzaine de pages que je cheminais en compagnie d’Alexandre Diego Gary, de la bruine dans les yeux, lorsque s’est dessiné ce vers de Claude Roy.


Saisi à la gorge, comme le double de l’auteur, comme ce double avec quoi il nuage le papier ; pour, pour quoi ? respirer ? vivre, juste vivre, avoir le droit de s’habiller de sa peau, de son nom, enfin.


C’est un ciel orageux qui nous est conté par l’auteur ; auteur « fils de », auteur deux fois « fils de » ; fils de Jean Seberg, fils de Romain Gary.


Excusez du peu.


L’avis de décès devant soi, deux fois, avant ses 18 ans ; devenir fort, comme le lui répétait son père, avec deux parents qui ont décidé de tirer le rideau, rideau déchiré de vies qui avaient déjà été, par moments, défenestrées.


Devenir fort… Papa, t’en as beaucoup des comme ça ?


Qu’est-ce que cela veut dire, devenir fort, lorsque cela provient d’un homme qui n’a eu de cesse de chanter l’importance de la faiblesse, cette force tellement sous-estimée ?


C’est un ciel orageux qui nous est conté, un train fantôme qui fait le grand huit ; mais la narration et l’imagination peuvent sauver, une fois de plus, alors il a lâché la bride de sa plume, revendiquant le droit de poursuivre le bleu à son tour, de ne plus être que l’ombre d’un amour trop grand.


Né d’une valse de personnages, lancé le(s) sien(s) sur le papier pour que la représentation redevienne ce qu’elle est, une brillante façon de jouer avec les mots et les images.


Puis s’éloigner de la scène pour s’autoriser à être quelqu’un en propre, un être à part entière plutôt que l’empreinte de ceux partis, plutôt que l’embrun des vagues d’hier.


Des vagues au ressac magnifique qu’il évoque avec une pudeur et une tendresse lumineuses.


Que ceux qui cherchent du scandaleux ou du croustillant s’adressent ailleurs, dans la fange à quoi ressemblent les chapitres de certaines biographies, au hasard.


Alexandre Diego s’est débarrassé d’une partie de sa douleur, se permettant dès lors le pari de la douceur.


Alexandre Diego a écrit un beau livre, « S. ou l’espérance de vie », des pages, terminées ce matin, qui vibrent sur la face-cœur de mes paupières.



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4 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Ça me fait plaisir de lire ça.
Je m'y met dès qu'il arrive ici cette semaine.
Et on devrait lui envoyer ton texte à Diego. C'est plus senti que tout ce que j'ai lu jusqu'ici sur son livre.

Benoit

07 juin, 2009 22:15  
Blogger Lise said...

Ton texte fait écho à ce que je vis en ce moment. Devenir plus forte, mais plus consciente aussi. Et toute cette colère qui s'exprime par rapport à ce passé si lointain et pourtant si présent. Un jour, à force d'avoir crié, peut-être que moi aussi j'atteindrai la douceur ... un reve ...


Ca me donne vraiment envie de parcourir ses lignes.

Et puis, Merci aussi de m'avoir permis de croiser une autre belle plume, Alexande, via ton blog.

bisous.
Lise

08 juin, 2009 12:01  
Anonymous IsaBercée said...

Just a trace...

09 juin, 2009 15:33  
Anonymous Janeczka said...

Tes mots sont toujours aussi magnifiques. Merci.

10 juin, 2009 08:54  

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