katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, mars 06, 2007

Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer

Je pourrais éventuellement commencer en écrivant qu’il y a tout, dans ce roman, de l’imagination, de l’originalité, de l’humour,…

Je pourrais essayer d’expliquer comment, le lisant dans un café, je me débattais pour m’accrocher comme à des bouées imaginaires aux passages hilarants, histoire de ne pas me noyer dans les vagues abondantes qui, quelques lignes plus loin, prenaient naissance au fond de mes yeux, allaient mourir dans un endroit indéterminé de mon ventre.

« J’ai passé toute ma vie à apprendre comment ressentir moins. Chaque jour je ressentais moins. Est-ce cela vieillir ? Ou est-ce quelque chose de pire ? ».

Je pourrais écrire qu’il y un passage, une page, où ceci est écrit, qu’il faut donc le lire, et ensuite réussir à ne pas s’effondrer.

Je pourrais, par souci statistique, dire qu’il est impossible de répertorier toutes les lignes pour lesquelles cette remarque est valable.

Je pourrais remercier Benoît, puisqu’il n’a eu de cesse de me répéter toutes les qualités de cet écrivain de génie, qui, à même pas trente ans, nous offre ça. Chapeau bas.

Je pourrais insister sur ce dernier point, pas le chapeau, ou alors celui du Père Noël, sur le fait que c’est de cela qu’il s’agit, d’un présent sans équivalent, comme effacer Barbara et Brel de ses oreilles pour pouvoir les écouter à nouveau pour la première fois.

Je pourrais peut-être terminer sur le fait que, lorsque j’ai tourné la dernière page, ce matin, dans le train, essayant de garder contenance alors que, à l’intérieur, je débordais, j’ai dû faire un effort monumental pour ne pas prendre le livre dans mes mains et l’écraser sur la tête des deux personnes qui avaient pris place en face de moi, pensant manifestement que je parlais à un ami imaginaire lorsque je me suis permis de les saluer.


- Pourquoi les belles chansons te rendent tristes ?
- Parce qu’elles ne sont pas vraies.
- Jamais ?
- Rien n’est à la fois beau et vrai.

Elle a souri mais d’une façon qui n’était pas seulement heureuse et elle a dit :

- On croirait entendre papa.
- Qu’est-ce que ça veut dire, on croirait entendre papa ?
- Il disait souvent des choses comme ça.
- Comme quoi ?
- Oh comme
rien n’est si et ça. Ou tout est si et ça. Ou évidemment.

Elle s’est mise à rire avant de dire :

- Il était toujours très catégorique
- C’est quoi, catégorique ?
- Ca vient de catégorie. Ca veut dire certain.
- Qu’est-ce que tu reproches à la certitude ?
- L’arbre lui cachait parfois la forêt.
- Quelle forêt ?
- Non, rien.
- Maman ?
- Oui ?
- Ca ne m’aide pas à aller mieux, que tu dises que, quand je fais un truc, ça te rappelle papa.
- Ah. Pardon. Je le fais souvent ?
- Tu le fais tout le temps.
- Je comprends que ça ne t’aide pas.
- Et grand-mère dit toujours que certaines des choses que je fais lui rappelle grand-père. Et je me sens tout drôle, parce qu’ils sont plus là. En plus, ça me donne l’impression de manquer de personnalité.

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1 Comments:

Anonymous Benoit said...

Te reste plus qu'à lire le livre de sa damoiselle, Nicole Krauss, "L'histoire de l'amour". Tu verras, après, on comprend que ces deux-là soient ensemble....

07 mars, 2007 04:33  

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