katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, février 13, 2015

la terre te murmure son véritable nom






L'envie était simplement d'aller prendre quelques photographies du terrain de foot enneigé et de ses environs. "Je reviens tout de suite", ai-je dit à ma grand-maman.

C'était sans compter sur une espèce d'attraction vers le revers inexistant de ce tableau engorgé de blanc.


J'ai commencé à longer l'Arnon, avec de nouveau ce milan royal à la carrure imposante qui me toise souvent au départ et à l'arrivée de mes déroulements de foulées. De la cime d'un arbre ou d'un piquet en bordure de route. 


Dans le sous-bois, les frimas étaient moins agressifs, mais au retour, par le bas des vignes, il fallait composer avec cette poudre de neige que la bise chassait pour la souffler au visage, pour la siffler aux oreilles, improvisant d'imposantes congères.


"J'ai eu peur que tu perdes ton nez", me dira la Cri-Cri quand j'arriverai une bonne heure et demi plus tard. "T'es pas un peu fou?!! Qu'est-ce que t'as foutu, avec une cramine pareille, on n'a pas idée!!!"


Et pourtant si, tellement d'idées et de pensées qui défilaient dans ma tête pendant que je défiais le froid et ses sentiers encombrés. Presque une sensation mystique, la même qu'en écoutant, à la lueur d'une bougie, des chants grégoriens à l'orée du matin.



"Qu'est-ce que c'est beau aussi, la nature qui se repose. Regarde les couleurs du lac, comme il est plus sombre, plus imposant. C'est le lac d'hiver, qui reprend son souffle." Passés à la pharmacie, le jour précédent, nous faisions une petite boucle pour que la Cri-Cri puisse profiter un peu de ces paysages pas vus pareillement enneigés depuis longtemps.

Pour quelles raisons ai-je si fort besoin de noter, ici, dans un cahier, dans mes lettres, de raconter quand l'occasion se présente, ces petites touches qui peignent ma grand-maman, ce parlé dont je me suis un temps tenu éloigné alors qu'il m'a façonné, qu'il influence jusqu'à ma façon de respirer?!?

Comment expliquer à quel point ces reliefs, ces arbres, cette rivière que je connais par cœur, que je pourrais détailler les yeux fermés, me bouleversent à nouveau pareillement?!?

Cela tien en partie à ceci:

"La danse des mots qui tournent
dans ma tête, ces mots
que je voudrais te dire.
L'insaisissable silence
d'une rivière qui coule en moi.

Cette table où ont été donnés
les noms à des fleurs dont
chacune racontait une vie.

Ces mots qui ont disparu
à leur tour, pétales tombés
sur ce même bois.
Ce n'était donc pas un hasard.

Et cette chaise qui fut
aussi la mienne."

découpé dans "Les visages du lointain", un magnifique ouvrage avec des illustrations de Joanna Concejo, des mots d'un Rafael au même nom. 

Saisir les expressions de ma grand-maman et les contours de la place de jeu de mon enfance entre les doigts, le plus délicatement possible, les déposer dans un herbier imaginaire, regarder de plus près les rainures des feuilles, leurs veines et déveines, c'est aussi une manière de prendre soin de la disparition de ma maman, de celles et ceux qui l'ont précédée, de celles et ceux qui s'effaceront ensuite.


Prendre soin d'une disparition pour que, précisément, ce n'en soit pas complètement une.

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