katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

jeudi, octobre 12, 2006

La dame blanche

Oui il avait entendu parler de cette femme qui arrêtait les voitures pour qu’il n’arrive pas un malheur, puis qui disparaissait ensuite. C’était cet évanouissement qui le fascinait. Tellement plus louable que tous les miracles christiques immanquablement accompagnés d’un sermon. Tellement plus humble. Tellement plus désintéressé. Pas un détachement du devenir de l’humanité, mais une volonté de faire le bien sans le mentionner. Sans se mettre en avant. A l’échelle qui était la sienne. Directement accessible. Directement transmissible.

Oui il avait entendu parler de cette femme qui arrêtait les voitures pour qu’il n’arrive pas un malheur, puis qui disparaissait ensuite. C’était ça pour elle l’au-delà. Pouvoir passer le restant de ses jours à surprendre les gens qu’elle rencontrait. Pas à les sauver. Elle pensait qu’être sauvé, si on ne savait plus être surpris, c’était déjà mourir. Emerveiller. Elle adorait se verbe. Il contenait tout ce qu’elle avait aimé en ce bas monde. Le « E » de l’écriture, la mer et veiller sur ses enfants. Quatre syllabes qui pouvaient résumer une vie.

Oui il avait entendu parler de cette femme qui arrêtait les voitures pour qu’il n’arrive pas un malheur, puis qui disparaissait ensuite. La dame blanche. La dame couleur neige. Cela allait de soi. Quoi d’autre que la douceur d’un flocon pour vous caresser la joue puis s’enfuir ? Quelle plus belle sensation que celle de la chaleur qui s’insinue en vous après que le froid vous a coloré le nez ? La dame blanche. Blanche comme la page avant que l’encre ne songe à la tacher. Avant que le rêve ne se dessine grâce aux mots. Blanche comme la toile avant que le peintre n’y appose sa marque. Blanche comme la voie lactée qui berçait ses pupilles la nuit venue.

Oui il avait entendu parler de cette femme qui arrêtait les voitures pour qu’il n’arrive pas un malheur, puis qui disparaissait ensuite. Comme la flamme d’une bougie qui rencontre le vent. Comme l’écureuil qui a entendu votre pas sur une branche. Comme la passion lorsqu’on oublie l’importance de l’invention dans l’amour.

Oui il avait entendu parler de cette femme qui arrêtait les voitures pour qu’il n’arrive pas un malheur, puis qui disparaissait ensuite. Il en avait entendu parler, elle était à ses côtés à présent et il ne voulait la quitter pour rien au monde.

Avez-vous entendu parler de cette femme et de ce jeune homme qui arrêtaient les voitures pour qu’il n’arrive pas un malheur, puis qui disparaissaient ensuite…

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3 Comments:

Blogger Eleonore said...

Oui, j'en ai entendu parler. Pour la dernière fois, il y a plus d'un an.
Tu les as donc revus ? Mais oui ; suis-je bête ! tu les vois tous les jours - caché comme un enfant derrière l'homme debout. Oh, tu as de la chance... ou peut-être est-ce grâce à cette propension à rester vigilant au plus pur de toi, aux grandes découvertes.
Aux terres encore fraîches.

Garde là ! cette force sujette au vacarme.

Seulement, le sais-tu ? de cette dame blanche il ne faut pas parler : l'inscrire sur une page serait prendre le risque qu'elle perde sa garde.

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Il est trop tard.
Le bruit la grise...
elle va changer de rive.

13 octobre, 2006 11:06  
Blogger katch said...

Découvrir ces quelques lignes, simplement sublimes et aériennes, alors que tu m'as dit avoir mis l'écriture entre parenthèses ces derniers temps, je ne peux que m'incliner bien bas, te remercier et t'envoyer un baiser bleuté.

13 octobre, 2006 16:35  
Blogger bulle de savon said...

une bien jolie " histoire "

20 octobre, 2006 03:07  

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