katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

dimanche, juillet 20, 2008

Par un dimanche mitigé un ami du tango

Il y a peu, la pluie martelait le bord de la fenêtre avec tellement de conviction que, comme elle était ouverte, je sentais des éclaboussures étoiler ma peau. A présent, c’est un rayon de soleil qui m’épingle l’épaule.

Le jazz suisse est à l’honneur pour dessiner l’ambiance musicale de mon dimanche après-midi : Thierry Lang, Colin Vallon, Erick Truffaz et Format à trois.

Je suis assis dans celui de mes nombreux fauteuils récupérés que je préfère. Il est d’un vert complètement délavé, sa partie boisée est tellement usée qu’on pourrait croire que je l’ai volontairement rabotée ; mais, une fois qu’on y a déposé son humble fessier, il est tout simplement impossible d’envisager se lever dans l’heure qui suit.

C’est donc dans ces bras accueillants que j’ai terminé un roman que Benoît m’avait conseillé : Garder la flamme de Jeanette Winterson.

« Je n’ai pas de père. Ce n’est pas si rare, même les enfants qui ont un père sont parfois surpris de le voir. Le mien est sorti de la mer et s’en est allé par le même chemin. Il était équipier sur un bateau de pêche retenu chez nous une nuit de vagues de verre sombre et fracassé. La coque brisée du navire lui a laissé assez de temps de terre pour jeter l’ancre en ma mère.

Des bébés frétillants se sont disputés la vie.

C’est moi qui ai gagné. »

J’avais à peine eu le temps de me rendre compte que le livre était ouvert que déjà les histoires s’embrasaient, et moi avec, emporté par les lumières projetées par le phare. Le gardien m’avait lancé dans l’eau, m’enjoignant de m’accrocher à mon imagination et à mes souvenirs, de moduler les deux à ma guise, de les déposer dans le rucher qu’on devine derrière mes yeux.

Puis de confectionner du miel afin de tartiner les rêves de tous ces gens que je croise et qui se sont « engrisés ».

Sur le contour argenté de la théière qui me toise, j’aperçois la lumière de la rue. Juste devant, je devine ma silhouette un peu floue. Gédéon malicieux. Fantôme. Courant d’air.

Toujours là, jamais là.

« Pew, raconte-moi une histoire.

Quel genre d’histoire, petite?

Une histoire qui finit bien.

Ça n’existe pas.

Quoi, les fins heureuses ?

Les fins. »

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