katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, février 06, 2009

le meilleur moyen de ne pas se perdre





Nous avons tous un petit ange gardien, vous savez ?, celui à qui nous parlions souvent, enfants, avant de nous endormir.


C’est Elisabeth Kübler-Ross qui le dit.


Elle n’est plus parmi nous, alors je ne peux pas lui expliquer que, personnellement, à cause d’adultes peu consciencieux ayant eu la mauvaise idée de faire défiler les Gremlins devant mes yeux alors que je n’avais pas quatre ans, je ne parlais qu’à ma lampe de poche et à ET.


Les seuls en mesure de me sauver, le cas échéant.


Même qu’une de mes plus terribles tristesses, et aussi une des premières éclatantes manifestations de l’imbécillité des "grands", avaient eu lieu quand un des mes oncles avait dessiné une moustache à ET, avec un stylo indélébile.


Le débile, dans cette histoire, n’étant ni le stylo, ni ET, qu’on se comprenne.


C’est assez fascinant, la mémoire, même quand elle n’est pas trop mauvaise, comme je crois que c’est le cas chez moi (c’est là que je dois toucher du bois ?!?), et que l’on n'a pas trente ans.


Je m’en rends très précisément compte depuis un mois où je tente de démêler méticuleusement (bon, d’accord, ça je suis incapable de faire…), ou plutôt méthodiquement (comment ? ça non plus je ne peux pas ?), mes trois dernières années.


Kübler-Ross, donc, c’est un des personnages qui s’invitent dans les pages que je griffonne. Il y a d’autres invités d’honneur : Paul Watzlawick (répétez le dix fois, très vite, juste pour arrêter de faire les malins), Daniel Barenboïm, Milan Kundera,…


Tout un aréopage (contraction d’aéroport et de plage, enfin je crois) de gens qui ont animé nos discussions avec Béatrice.


Et Romain Gary ? Je sais même pas c’est qui…


Il écrit ? Ah bon…


Ouais, il y a plein de bonshommes et plein de bonnes femmes, des sympas et des pas du tout, qui viennent tournoyer sur mon écran.


Comme vous pouvez le constater, je suis fidèle à cette vérité lumineuse qui dit que le meilleur moyen de ne pas se perdre et de ne pas savoir où l’on va.


Je vais bien finir par retomber sur mes pattes, encore que pas trop fort, parce que ma douleur mystérieuse de l’automne dernier se rappelle à mon bon souvenir, ces derniers jours.


Les anges n’ont pas de sexe, paraît-il, eh bien le mien, celui à qui je m’adresse quotidiennement, en a un, qu’il défend et revendique à merveille, d’ailleurs. Il a une chaise roulante rouge magnifique, aussi.


Comme je me dis que ceux qui sont encore là ne sont plus « à ça près », comme on dit, je vous soumets ce qui sera peut-être le début des pages à venir.


L’interaction et la « confrontation » avec vos regards de lecteurs me sont précieuses.





« Je ne regrette rien de ma vie d’avant. »


Nous sommes en 1986, Télescope, une émission de la télévision suisse romande, commence avec cette phrase. Il s’agit d’un documentaire sur la sclérose en plaques. La voix qui la prononce, tout de suite familière, tout de suite chaleureuse, est celle de Béatrice Renz.


Portant ces mots, il y a un regard à la sérénité troublante, il y a une femme à la beauté lumineuse.


Lumineuse, j’utilise ce terme à dessein, parce qu’une des expressions que j’ai le plus souvent entendue, concernant Béatrice, est « rayon de soleil ». Une image qui ne suffit pas, une image qui, à mon sens, masque plus qu’elle ne révèle.


Simplement considérer sa prestance comme « une leçon de vie » parce qu’elle est heureuse « malgré » la maladie, c’est passer à côté de la manière, rare et importante, dont elle considère la vie, chaque vie.


Lumineuse, donc ; oui, mais il s’agit de s’imprégner de cette vérité plus avant, de survoler quelques scènes de son existence. Non pas pour prétendre comprendre, laissons compréhension et explications aux spécialistes, mais pour tenter de sentir.


« Aujourd’hui, je trouve que ma qualité de vie a augmenté. Quand j’étais petite, bon, j’étais la petite fille super sportive, souriante, mais cela s’arrêtait là. Maintenant, ma vie est plus profonde. »


Le documentaire se clôt sur cette affirmation.


J’ai appris à connaître Béatrice, pendant un peu plus de deux ans, grâce à une complicité et une amitié énormes, privilégiées. J’ai pu alors constater toujours davantage combien ces paroles ne sauraient être mieux choisies.


Les pages à venir vont tenter de dessiner notre rencontre, ainsi qu’une partie de la chorégraphie permanente qu’est son existence.

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2 Comments:

Blogger Ondine said...

Merci pour ces mots, ce regard, cette musique, ce parfum d'ailleurs...

07 février, 2009 17:22  
Anonymous Anonyme said...

Le meilleur moyen pour ne pas se perdre consiste à demeurer "à vie" au plus près de soi-même, dans l'axe du vivant en évolution dans nos veines... auprès des autres...
Le meilleur moyen pour ne pas se perdre consiste à aimer vivre...
Le meilleur moyen pour ne pas se perdre, c'est de se donner la main en marchant...
Idéalement, c'est de pouvoir dire "Je t'aime" à une personne en particulier...

10 février, 2009 23:14  

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