katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

samedi, mai 05, 2007

Dans le train, les rares moments où je ne lis pas et où je ne regarde pas le paysage, je tente discrètement, pas toujours, de voir ce que les personnes qui m’entourent lisent.

« Pourquoi les chiens aboient-ils ? »

Je m’en allais pour un passage éclair au Salon du Livre, je voyageais avec Pierre, heureux hasard, la personne à côté de moi était plongée dans un magazine.

« Pourquoi les chiens aboient-ils ? »

C’était le titre de l’article par quoi elle semblait absorbée.

En avance sur l’ouverture des portes, je m’en suis allé boire un renversé au Pessoa, café littéraire fort sympathique situé à proximité de la gare. Ses murs sont couverts de citations dans différentes langues.

« Ignorer que nous vivons remplit assez notre vie »

Voilà qui, esprit tordu, me faisait penser au titre de cet article qui n’allait avoir de cesse de me poursuivre toute la journée.

Un peu plus tard, dans le bus, je m’en allais tranquillement à Palexpo. Comme deux jours plus tôt au Bar Tabac, je n’arrivais pas à lire, affligé par les inepties débitées le plus fort possible par la dame assise tout près. Monte alors une bonne sœur qui connaît la madame en question, cette dernière s’empresse de la présenter à sa voisine qui avait le privilège d’être la destinataire principale du flot d’âneries déversé allégrement :

« Voici sœur Claudia, qui m’a formée pendant trois mois. »

« Déformée » répond sœur Claudia, « Déformée ».

Je me lève, lui embrasse le front, puis sors gaiement.

« Pourquoi les chiens aboient-ils ? »

Je me dirige au stand du « Temps », parcours le journal, y apprends avec bonheur que, au Venezuela, existe « el sistema », un système (non ?!?) d’éducation musicale qui vise à intégrer les jeunes (90% sont issus de milieux défavorisés) dans des orchestres le plus tôt possible (125 sont ainsi nés de l’idée que la musique peut servir de ciment social).

J’espère que Sarko et Ségo ont lu le journal ce jour-là, eux dont les mentions de la culture sont aussi nombreuses que les roses dans le jardin de ma grand-mère en hiver.

J’y ai aussi appris que Philippe Forrest, dont j’avais adoré « Sarinagara », sera à Lausanne lundi à 19h, du coup moi aussi, pour parler de son dernier livre « Tous les enfants sauf un », un essai dans quoi il est question de « l’extraordinaire immobilité du chagrin » et de « l’effarement inaltéré devant la vérité ».

Deux formulations qui me donnent des frissons et me rappellent pourquoi j’aime tant sa plume.

« Pourquoi les chiens aboient-ils ? »

Je suis ensuite passé vers Pierre, qui tenait un stand, j’y ai acheté, sur ses conseils avisés, « Dissidence de la broussaille » de Rodolphe Christin, il y est question, notamment, de « risquer une réflexion buissonnière contre les calculs de l’époque ; esquisser une poétique de l’être au monde, en résistance ».

Vous aurez compris que je me suis tout de suite senti en bonne compagnie.

« Pourquoi les chiens aboient-ils ? »

Avant de rentrer, j’ai assisté, captivé, à une discussion sur le VIH.

Il paraît que certains africains « infectés » sont persuadés que d’avoir une relation sexuelle avec une vierge peut les guérir.

Je crois que je sais pourquoi les chiens aboient.

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