katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

jeudi, juin 07, 2007

Berne, hier, place fédérale.

Midi.

Béatrice et moi attendons de voir la foule arriver. Un rassemblement est prévu pour manifester contre la cinquième révision de l’assurance invalidité, jugée antisociale par bon nombre de personnes concernées.

12h45.

Des enfants colorés courent sous les jets d’eau saccadés donnant vie à cet endroit autrement trop solennel. Quelques handicapés et d’autres opposants ont revêtu un haut jaune distinctif mais cette petite assemblée de poussins ne pèse pas lourd face aux gosses à moitié nus riant aux éclats.

13h15.

Nous partons, un peu dépités. Pas eu le flot humain escompté, plutôt vu un flop. Et bu de la flotte.


14h30.

Nous rentrons en voiture, je pense à ces votations à venir. Je me suis rarement pareillement renseigné sur un objet soumis au peuple.

Cela m’a appris beaucoup de choses, évidemment, mais je me demande si la principale n’est pas, une nouvelle fois, les limites de notre démocratie directe.

Les informations « valables » sont plutôt facile à se procurer, mais qui décortique et approfondit vraiment la masse de nouvelles qui nous assomme quotidiennement?

Et même, ce faisant, il n’est pas toujours aisé de se faire un avis pertinent.

En début de semaine, un journaliste se permettait un coup de gueule anticipé sur la suppression probable des prix préférentiels accordés depuis plusieurs années aux transports des journaux et magazines en tous genres, mesure qui permet de garder un prix d’abonnement, déjà jugé excessif par beaucoup, relativement raisonnable. Ce journaliste disait en substance qu’il sera toujours plus difficile d’expliquer les différents paramètres entrant en ligne de compte lors d’une votation que de parler des fesses de Britney Spears.

Eh oui, mais de grandes chances, malgré cela, de n’avoir plus que des journaux gratuits d’ici quelques années, tout le monde n’ayant pas les mêmes priorités au niveau de son pouvoir d’achat.

Demandez aux libraires ce qu’ils en pensent.

17h.

Je suis dans le train avec « Le Temps » que je n’ai pas encore eu l’occasion de parcourir.

Je découvre un peu étonné que l’éditorial du jour invite à accepter la cinquième révision.

Je serais de mauvaise foi si je prétendais que, se renseignant un peu, il apparaît évident qu’il convient de refuser. Des problèmes similaires sont mentionnés dans les deux camps, chacun disant que le « oui » ou le « non » va empirer ou améliorer la situation.

Les affiches, d’un côté comme de l’autre, stigmatisant et caricaturant ce qui ne devrait pas l’être, n’aident pas à changer mon avis sur ce que je déteste en politique.

Pas de nuances. Surtout pas de nuances.

Mais, le fait est que, lisant l’article, il y a un élément qui n’est pas d’ordre financier, puisque pratiquement tout le reste se joue à ce niveau-là (avec tout de même des aberrations comme cotisation minimale obligatoire passant de 1 à 3 ans, suppression du supplément de carrière ainsi que des rentes complémentaires pour conjoints), qui est une nouvelle fois mis en avant et qui me semble terriblement « malsain » et mal vu.

Le prétendu indispensable « back to work ». C’est, selon cette approche défendue par l’OCDE, le travail qui permet l’intégration dans la société.

Comme le précise l’article dans son introduction, l’augmentation des rentes invalidités n’est pas causée par les étrangers profiteurs (comme le laissent entendre mes amis de l’UDC) ou par une recrudescence d’accidentés (ce que peuvent laisser penser les affiches invitant à voter « non » sur une photo avec une personne gravement handicapée), mais par une augmentation préoccupante des maladies psychiques chez des personnes de plus en plus jeunes.

Un « oui » devrait, selon ses défenseurs, faciliter une « détection précoce », même si certains spécialistes mettent en garde contre l’illusion d’une classification claire et anticipée des problèmes de cet ordre.

Le fait est que, pour ce qui me concerne, je me demande comment on peut en arriver à un raisonnement aussi éloigné de la réalité.

Nous sommes en présence d’êtres humains qui sont tellement dépassés par le « vivre ensemble » qu’on leur propose, à grand renfort de productivité, de concurrence et de « le plus important c’est l’école », qu’ils n’arrivent même plus à se lever pour affronter le hurlement des rues.

Et quelle est la solution miracle ? Sûrement pas d’enlever la porte de leur chambre et de leur maison.

Le travail, comme on nous le propose, est partie intégrante du problème, en tout cas pas de la solution.

Se taper la tête contre un mur. Reculer. Se lancer un peu plus fort.

Au tapis. Tant pis.

Aujourd'hui, 7h30.


Je relis ce que j'ai écrit dans le train, ne suis pas très satisfait, il y aurait encore beaucoup à ajouter, mais on risque alors l'indigestion.

Duras a écrit quelque part: "C'est arrivé comme la foudre ou la foi".

Sans doute s'agissait-il de l'amour.

Je suis content d'avoir été foudroyé par les livres.

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2 Comments:

Blogger Petchal said...

Le mec moyen, qui s'est renseigné un minimum sur l'objet, n'a pas les moyens de se faire une vraie opinion. De plus, cela ne le conserne quasiment pas! Difficile de "bien" voter...

Et comme Duras à écrit: "Un jour vous pourrez lire toute mes citations dans le blog à Katch".

07 juin, 2007 08:48  
Anonymous Denise said...

Pr poursuivre une discussion ni vraiment commencée ni vraiment finie sur ta réflexion ci-dessus...
ben perso il me manque des mots pr dire parfois le désaroi que m'inspirent "le modèle sociétal", enfin je sais pas comment le nommer..et toutes les dérives....

Juste parfois triste, mais une tristesse utile, pr dire mince de mine et zut si c'est comme ça, c'est triste, moi je rêve d'autre chose... et c'est là bas que j'aimerai aller avec ma barque...

[pas encore choisi la forme de la coque, ni le gréement (aurique ou latin...Ella Maillard, la vagabonde des mers...ma première lecture biographique, le dictionnaire a été plus que nécessaire...j'aime cette idée, que la première chose pour en connaître un peu plus sur "un monde" c'est d'acquérir qqes mots de son vocabulaire )

L'école à la base pr que cette idée d'autre chose s'infiltre...une relation vraie, apprendre à vivre en apprenant des choses...
oui,une partie "sert à rien", enfin non tout sert potentiellement, comme dit ma grand-maman, "ce que tu as appris personne ne pourra te l'enlever" (elle tiens ça de son grand-père à elle ;-), on ne peut a priori pas dire que qqch ne nous servira jamais...

Mais décalage, je croyais en un bateau voguant vers une île...mais c'était une galère...
et la place du prof? où? rameur, capitaine, gabier, subrécargue, mousse, au tambour....un peu perdue sur ce vaisseaux dont l'envergure me dépasse...

Oh j'ai bien aimé tt de même parler, partager plein de choses avec toute le monde qu'il y avait là bas, le soutien des collègues aussi, c'était très chouette et très enrichissant...et ça fonctionne très bien...quoi qu'en dise les détracteurs du fonctionnement de l'école....
Tout le monde met toute son énergie pour faire au mieux, pour jouer et tenir son rôle, pour que cela se passe bien pour tous, ce n'est pas pour cela que je pars, j'admire en fait tout ce qui s'y passe...juste aucun poste sur ce bateau ne correspond à ce que j'ai à donner.......

Chacun son rêve fonctionner ou vivre, j'aime bien ;-)

(pourtant il y a des projets "comme je rêve" qui marchent..."Mets les voiles, une aventure éducative" de Joël Mellina...oui, là, ds le cadre de ce projet, j'ai l'imperssion qu'ils apprennent à vivre...à être eux, un peu plus...mais ça me faisait mal de le lire car ce que je vis au quotidien c'est pas ça...alors ce sera pr les vacances, de la hamac ;-)..)

Pr les limites de la démocratie...l'info zapping du journal TV, du téletexte ou de certains journaux ou le bombardement incessant d'info...ne permet en effet pas de prendre le temps, de prendre du recul, de trier le bon grain de l'ivraie, d'user de son esprit critique, de réfléchir et de décider pr soi, vraiment, en fct de ses convictions et non purement en fct de l'émotion émanant d'un discours, d'une image...

Le citoyen actuel, veut bien prendre le temps de voter, de mettre oui/non sur son papier...
mais chacun choisi ses priorités...
entre toutes celles propo-imposés...

voir les derniers film, lire les derniers livres, télé, faire le ménage, du bénévolat, du sport, écouter les dernières musiques,...

...et chacun choisi ses essentiels, ses valeurs...

Pourquoi / Pour quoi il fait tout ça...

Parce qu'il apprécie la musique et qu'il vibre pour chaque note, parce qu'il apprécie la poésie et qu'un monde s'ouvre à chaque strophe, parce qu'il trouve important de pouvoir choisir quelles directions prennent les institutions, les lois de son pays, qu'il comprend l'essence du vote, la chance de pouvoir dire son avis, alors il la saisi...

(tiens...me rappelle..."la grammaire est une chanson douce",Orsenna....pdt le nauvrage...l'héroïne s'accorche à uu mot..."douceur"...j'ai bcp aimé ce livre...pfs je m'accroche à douceur, comme "elle" je trouve que c'est un beau mot...très beau vraiment..chuchotté en fermant les yeux....)

Mais d'autres fois, le citoyen a qui l'on offre cette possibilité ne comprends pas ce cadeau...

Alors pr lui, voter, c'est activité comme une autre..parmi tant d'autre...pr laquelle il ne va pas prendre plus de tps...en somme ce qu'on lui demande, son devoir de citoyen, c'est d'écire oui ou non et de signer une carte, de mettre les papelars ds la bonne enveloppe et d'envoyer le tout...
c'est pas ça???

...souvenir brésilen, discussion avec un jeune homme local pr lui expliquer, tant bien que mal, comment ça "fonctionnait" chez nous, il trouve ça génial, que c'est une chance...je lui donne le taux moyen de participation, il ne comprend pas...je lui souris, la seule réponse parfois, lorsqu'on se sent sur la même longeur d'onde...toi tu lèverais peut-être les yeux au ciel en disant "ah l'être humain,..." ;-)


Heureusement j'y crois encore (tout en étant consciente que c'est une croyance ;-) )...je crois qu'il y a des gens qui prennent le temps et leurs responsabilités de citoyen...oui, à la fois une contrainte et une chance...
A chacun de juger et de choisir selon ces valeurs...

L'autre jour tu parlais de la responsabilisation trop proche, selon toi, de la culpabilisation....j'étais pas d'accord ;-)... Chacun a la responsabilité de décider...et trop souvent on l'oublie...(et je ne jette pas la pierre, on fait tous au mieux...oui, si on ne prend pas sa responsabilité, alors il y a de la culpabilité saine, qui permet de faire mieux la fois suivante ou celle d'après...ok, il y a la culpabilité malsaine celle de prendre des responsabilités qui ne sont pas les notres ou qui fait qu'on ne fait plus rien de peur de faire mal.)

Perso, pfs ça me fâche, pfs ça m'attriste, pfs je m'interroge, svt je me sens distante et je fais pour moi...aussi parce que...pr balayer l'Amérique du nord au sud et d'est en ouest en moins de 10 minutes...et bien il suffit que chacun ballaye devant sa porte... et c'est déjà pas simple de faire le ménage chez soi...

Et dans le fond, je suis une rêveuse, je veux continuer à croire que ça va ds le bon sens...mais oui, pfs je m'accorche ;-).. à douceur? ;-)...

Alors ça fait du bien de rencontrer des gens qui partagent certains valeurs qui ne sont pas forcément celles qui sont valorisées par la majorité actuelle.... quoi que...peut-être sont elles partagées mais certains n'ont pas la force de les vivre...

Alors parfois juste un sourire permet de retrouver cette force en soi et y croire... cette passion essentielle pr ne plus juste fonctionner mais vivre... ;-)

"Les passions sont les vents qui enflent les voiles du navire ; elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer. " Voltaire

07 juin, 2007 20:47  

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