katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, mars 25, 2008

Et si nous osions sourire, en choeur, de corps à coeur

Revenir sur les places de jeu de son enfance ressemble parfois à découvrir que la fraîcheur de l’eau, la douceur du vent et la tendresse des sourires se sont changés en un mélange informe de pierres et de terre retournée.

La semaine dernière, ma maman a garé sa voiture devant le jardin de ma grand-maman, minuscule et unique rescapé des trois endroits que mon grand-papa cultivait à l’époque avec passion et minutie. J’étais alors accroché à ses salopettes, effectuant les menus travaux qu’il m’estimait capable d’assumer, répétant dans ma tête ses précieuses astuces. L’écoutant me parler d’événements importants que je ne comprenais pas (je me rappelle quand il m’a mis la main sur l’épaule, le 10 novembre 1989, me montrant la télévision, m’expliquant que le mur qui était en train d’être détruit constituait « un moment d’Histoire »), mais peu importait, la considération qu’il me portait et les curiosités qu’elle a éveillées en moi font partie intégrante de la confiance qui, aujourd’hui, ne me quitte pas.

Regarde toujours le gens dans les yeux, Karim, toujours.

Ma maman a garé sa voiture. J’ai laissé quelques mots se faufiler entre mes lèvres. « Vas-y seulement, je vais faire un crochet vers les travaux, pour voir l’étendue des dégâts ». J’y suis allé tranquillement, sachant par avance que j’allais avoir envie de hurler.

Je me suis appuyé contre un arbre à qui le droit à la verticalité n’a pas encore été ôté. J’ai secoué la tête, longtemps, tristement.

Mon grand papa avait aussi un tout petit bout de vigne, il était situé tout près d’une famille de pommiers où nous avions pour habitude, avec plusieurs amis à crampons, de nous reposer entre deux parties de football effrénées.

Tout ceci n’existe plus. La saveur des fruits doit laisser la place à une banlieue dortoir que je préfère ne pas qualifier, puisque je n’arrive pas à me résoudre à la vulgarité. Même si c’est vraiment de cela qu’il est question, de vulgarité. De la vulgarité de l’argent, de la vulgarité de ceux pour qui toute place n’existe que par le profit qu’il est possible d’en dégager, de la vulgarité de ceux qui acceptent que le monde soit réduit à des contraintes administratives à régler, au plus vite.

Parvenir, malgré tout, à ne pas se résigner. Sourire. Continuer de chanter l’importance de maintenir en éveil un regard qui ne limite pas. Sourire.

Continuer d’offrir, au hasard, des paroles qui enveloppent, discrètement, les esprits hagards.

1 Comments:

Anonymous Benoit said...

Voilà un beau billet qui m’a entraîné sur bien des chemins aujourd’hui. Pas le temps de m’étendre (je suis au boulot, délinquant!) mais comme je lis Les disparus, de Daniel Mendelsohn, beaucoup de résonances sur les lieux de l’enfance, les lieux de mémoire, et notre façon de considérer les lieux même ou l’on habite de nos jours comme pouvant se dispenser d’art – voir la fierté des bâtisseurs d’autrefois, l’importance du travail bien fait, le caractère particulier de chaque bâtiment mené à bien, et aujourd’hui, ces boîtes toutes identiques qui poussent comme des champignons….
Mais je m’éloigne.
Deux articles dans le Nouvel Obs qui, même si ça semble éloigné de ton propos, ont accompagné la réflexion allumée par toi :

ici, un entretien avec le défunt André Gorz, dont le tout dernier livre vient de paraître (Ecologica), dans lequel on retrouve un hommage à... Ivan Illich! :
« L’écologie est un anti-capitalisme. »

http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/24/ou-va-lecologie

Après quoi, on tombe sur ce papier :

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2263/articles/a370134-.html

et on se dit que, effectivement, si l’on doit survivre au capitalisme, il devra se réformer et l’expérience décrite ici est, malgré tout mon scepticisme, porteuse d’un certain espoir en ce qu’elle semble remettre les valeurs humaines au centre de toute activité commerciale.

Il faut bien trouver un p'tit rayon de temps en temps...

Benoit

25 mars, 2008 20:24  

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