katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

dimanche, octobre 25, 2009

Le simple préserve l'énigme



« Le silence matinal est beau et nu
De sa lèvre vient plus de force
Que du torrent d’avril
Ainsi je trouve la paix
Nécessaire à passer les mailles du jour »


Jacques Chessex est sorti de scène, à Yverdon ; chez moi, ou presque. « Chez moi », cela se trouverait, disons, plutôt depuis le bord du lac, puis en direction de Grandson, jusqu’à Concise.


A l’intérieur des terres ?!? Disons entre Vuiteboeuf et Provence, ce qui fait une jolie surface pour, pour tout je crois.


Cet été, j’ai lu avec surprise que la fin du « chant du monde », de Giono, prend place « dans le coin ». On y est bien, « dans le coin », avec ou sans bonnet d’âne ; même si, comme partout, certains seraient bien inspirés de s’en départir. « L’Homme est indécrottable » m’a dit le retraité qui m’a permis d’arriver à Tulle.


La ville d’Yverdon ne me plaît pas, je lui concède seulement quelques parenthèses colorées : le Tempo, La librairie à l’étage, Poste-it. Jacques Chessex n’est pas sorti de scène dans un de ces trois endroits, je ne lui en veux pas. Il a déjà fait de son mieux, son dernier souffle a retenti comme un écho vide en direction de la personne qui lui reprochait d’avoir défendu Polanski ; point final parfait, venu se déposer à la suite des livres du vieux Jacques où les atermoiements de la chair, saupoudrés de trouble divinité, prenaient beaucoup de place.


On y lisait aussi une capacité sans pareille à ausculter les petites tambouilles helvétiques, « Un juif pour l’exemple » et « Le vampire de Ropraz » croquant cette partie d’un pays qui échappe aux livres d’Histoire. Une des sources de grandeur de la littérature.


Son ultime battement de cils, qu’il avait moins fournis que sa moustache, exécuté sur une interrogation en suspension. Autre grandeur de la littérature.


C’est tout d’abord ma maman, comme pour Chappaz, qui m’a appris la nouvelle ; puis Benoît ; puis j’ai lu ceci, que j’ai beaucoup aimé, tellement que cela a retardé mes lignes à ce propos, je n’avais rien à ajouter.


Je me suis finalement dit que je pouvais au moins vous transmettre le lien, et comme je suis une pipelette électronique, cela traîne en longueur ; comme le brouillard nord-vaudois qui s’étire souvent depuis chez moi jusqu’à Payerne. Il s’atténue ensuite assez vite quand on continue en direction de Fribourg ; Fribourg, c’est aussi un peu chez moi.


Béatrice, j’ai bien hâte de me retrouver à Locarno beach ; Raphu, Luca, ça va « bouncer » près de la cathédrale.


Jacques Chessex s’est tu, sa voix s’est fait la malle alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole ; je me rappelle la seule fois où nous avons discuté, c’était au salon du livre de Genève, il était tout seul derrière des piles de livres ; comme je n’étais pas une demoiselle, je ne le suis toujours pas, il ne m’avait tout d’abord pas vu ; puis je lui avais demandé s’il accepterait de déposer un mot dans un de ses livres, je lui avais tendu « Le désir de la neige ».


Là j’avais tout de suite changé de registre, non seulement je l’avais lu, mais je lui demandais de signer un recueil de poésie, cette poésie qui lui tenait tant à cœur (chacune de ses journées commençaient pas cette exercice) mais que peu de gens parcourait ; encore plus rares ceux qui s’y arrêtaient, qui y revenaient ; j’en étais ; il a d’abord eu de la peine à le croire, puis ensuite il s’est enflammé.


J’étais devenu presque aussi mystérieux que le postérieur des jeunes filles qui passaient.


Je n’étais pas resté très longtemps, je me sentais mal à l’aise déguisé de la sorte.


J’avais pensé lui écrire, mais je ne l’ai jamais fait. J’avais de nouveau hésité, l’année dernière, après « Le simple préserve l’énigme », titre superbe faisant référence à une formulation d’Heidegger ; mais non, je ne lui avais pas fait signe.


Parti en faisant silence, je m’en remets à ses écrits pour clore ce déblogage dominical :


"Je regarde en arrière: c'était comme ça. Et mes livres sont comme ça. Je ne me soucie pas de leur qualité, encore moins de leurs défauts, ils étaient nécessaires à qui j'étais. Et surtout, je l'ai dit, à quoi j'étais et devenais. Ils me manquaient, je les ai faits. J'ai la paix avec mes livres."

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