katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, février 09, 2010

nous resterons au bord des nuages

Après avoir fermé le magasin, je longeais le Canal oriental jusqu’au lac, je m’avançais sur la jetée ; chaque fois, j’espérais secrètement que les oiseaux ne s’envoleraient pas à mon approche, qu’ils me reconnaîtraient.

J’avais ces moments en tête, quand je suis sorti de la Marionnette, samedi. Je traversais le pont du milieu, apercevant une colonne de fumée qui s’était formée au loin ; j’apprendrai par la suite qu’il s’était agi d’un incendie dans le quartier du Jura.

L’amoncellement de gris qui avait chapeauté le début de la journée s’était morcelé, le papier peint céleste était à présent d’humeur plus clémente. Sur l’arbre dans le branchage duquel mes regards s’étaient perdus, pendant ma revue de presse, les derniers colliers de gouttes avaient disparu depuis longtemps.

Des vers de Zoli, la poétesse tzigane esquissée par Colum Mac Cann, dansaient autour de moi :

« Qui lira l’heure dans les étoiles
L’œil collé au plafond de bois ? »


Il y avait un article sur Robert Schuman, dans le supplément culturel du « Temps ». Pendant que je le lisais, deux enfants, postés devant l’instrument, qui parvenaient à peine à atteindre le clavier quand ils levaient les bras, s’émerveillaient des sons produits alors.

Sur leurs rires se superposait cette phrase du pianiste :

« Le piano devient trop étroit pour contenir mes idées. »

Après avoir fermé le magasin, je longeais le Canal oriental jusqu’au lac, je m’avançais sur la jetée ; chaque fois, j’espérais secrètement que les oiseaux ne s’envoleraient pas à mon approche, qu’ils me reconnaîtraient.

Deux cygnes se sont faufilés en volant sous le pont du milieu, ce sont eux qui ont fait ressurgir ces midis solitaires à Yverdon, quand je travaillais au Thés du voyage. J’avais eu souvent envie de tenter de fixer sur le papier la musique déployée par leurs battements d’ailes, impressionné par la puissance qui se dégage de ce mouvement.

Mais les mots se refusaient.

Canards et mouettes continuaient de s’envoler à mon arrivée.


Les cygnes de me bouleverser, échappant à la formulation.



Sortant de la Marionnette, ému par David, le « boss » de la place, qui m’avait offert « Le voyage de Sahar », somptueux album d’Anouar Brahem, s’escrimaient dans ma tête l’article sur le « vaste plan d’austérité » qui va devoir prendre place en Grèce, puis probablement en Espagne, au Portugal et en Irlande, lui était accolé celui sur la Station Spatiale internationale, joujou de happy few à 100 milliards de dollars, il profitera peut-être un jour à un millionième de la planète, je n’ai pas envie d’en être ; je pensais à Giacometti, toujours sans le sou, dont un des marcheurs vient d’être vendu à un prix qui indique combien l’indécence à encore de belles années devant elle ; l’art ? je crois, dans la petite mesure où ce terme ne m’agace pas, qu’il n’a rien à voir là-dedans, vraiment rien à voir ; je m’échauffais tout seul après avoir lu les propositions de sieur Besson, dans l’Hexagone, pour renforcer le sentiment identitaire des jeunes générations.


J’avais cela coincé dans le cervelet, y tournoyaient aussi les enclumes populaires, celles éternelles et celles à venir : Federer, les JO, Alinghi.

Un petite golée de spectacle derrière l’écran, plus besoin de réfléchir, seulement fléchir et s’infléchir ;

tout plus facilement s’avale,

avec le gendre idéal,

sous le drapeau national.

Après avoir fermé le magasin, je longeais le Canal oriental jusqu’au lac, je m’avançais sur la jetée ; chaque fois, j’espérais secrètement que les oiseaux ne s’envoleraient pas à mon approche, qu’ils me reconnaîtraient.
Les deux cygnes ont repris de l’altitude après avoir longé la Sarine, je les ai perdus de vue quelques instants, puis j’ai de nouveau entendu ce bruit qui m’interpelle tant ; il n’était plus le produit que d’un maître blanc.

C’est Schatzeli qui m’apprendra le lendemain que le second s’était égaré dans le Stalden, la rue pavée qui monte en direction de la cathédrale ; il s’y était posé, un peu contrarié ; des passants se demandaient s’il fallait appeler la police.

Oui, oui, la police.

Ici, à Fribourg, il y a une société de sécurité qui a été engagée par la ville pour verbaliser les personnes ne procédant pas au tri des déchets de manière optimale.

C’est quand j’apprends ce genre de chose que la Suisse m’est le plus fortement un chat dans la gorge.

Que le joyeux désordre lisboète me manque le plus.

Que d’autres vers de Zoli s’imposent :

« Ils nous ont poussé par leurs portes
Nous ont relâchés par les cheminées. »

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2 Comments:

Blogger Ondine said...

J'aime l'idée que Schumann t'a accompagné au moins quelques instants. :)

09 février, 2010 18:49  
Anonymous gmc said...

FLAMMES ARGENTINES

Le bord des nuages
C'est l'entrepôt des autobus
De temps en temps
Un chauffeur s'en évade
Pour dire l'heure des étoiles
L'oeil décollé
Du plafond de faïence

Le piano n'est jamais trop étroit
Extensible à l'infini
Pour teindre l'évanescence
Des couleurs élimées
Se faisant passer pour des idées

Il faut brûler pour s'évader
Dit-elle en souriant
Ou ne souriant pas
Peu importe au fond
Aucune porte ne résiste
A l'haleine du cristal

18 février, 2010 12:56  

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