katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, novembre 24, 2009

comment reconnaître le temps











Paris – Genève en TGV ; mes regards, avec une voilure d’onze mois de vadrouille, interrogeaient le paysage ; des senteurs de retour picoraient mes yeux, quelques battements de cils battaient la mesure ferroviaire.

Quand je cours, généralement, si je fais une boucle, je la fais dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ; instinctivement. La cohabitation parfois difficile entre l’espace et le temps est inscrite en moi ; j’ai, naturellement, une foulée de coureur de fond peu enivré par la vitesse, je déroule mes pas dans les angles discrets d’un monde stressé.

Un journal sur les genoux, ma contemplation était bien mal arrimée, mes esprits étaient habités par une houle passagère : Allais-je de l’avant ? Faisais-je marche arrière ?

Maintiendrai-je mon cap insensé, celui fait d’encens incertains, balancé entre histoires à vivre et écrire et souvenirs sur lesquels construire ?

Fausse question, une réponse négative ne saurait avoir voix au chapitre.

Cap maintenu, donc ; simple retour au port pour y envisager les prochaines étapes.

J’ai passé la frontière sans devoir m’y arrêter, peut-être mon bâton corrézien me conférait-il une aura de personne respectable.

En fait, pour être honnête, je n’ai jamais eu de problèmes aux douanes. Enfin si, une fois, en Tunisie, mais je l’avais bien cherché : j’avais cinq pièces d’identité, pas une où je me ressemblais.

J’avais demandé aux deux personnes qui ne voulaient pas me laisser passer si elle connaissait cette formulation de Gary : Je me suis toujours été un autre.

Réponse négative.

Un de mes oncles, qui m’attendait sagement, avait été prié par haut-parleur de venir me reconnaître.

A chaque fois que je dis « c’est moi », au téléphone, je ne peux réprimer un rire ; c’est fou qu’une formule qui est le sommet du ridicule soit si couramment utilisée.

C’était pourtant bien moi.

Sans blagues.

Maintenant que je vais devoir hasarder mon CV de ci de là, j’aurai peut-être la grande chance de devoir lister mes qualités et mes défauts, il faut savoir se vendre de nos jours.

Tu parles Charles, ils auront le droit à mon plus beau « c’est moi », si ça ne leur suffit pas, je sortirai mon ultime atout de ma manche, ce truc qu’on entend tous les jours quand les gens parlent fort un peu partout : « t’es où ? ».

Hier matin, chez Vivette, j’ai sorti un livre de Sullivan, j’ai cherché un passage souligné, je savais que ça me ferait du bien :

« C’est pourquoi existent tant de sociétés d’approbation mutuelle : elles permettent à beaucoup d’hommes qui n’existent que par le dehors de se tenir debout. »

Peut-être que je réciterai ça aussi.

Je me suis donc retrouvé dans la gare Cornavin en deux temps trois mouvements, je me suis dirigé vers le parc situé dans le quartier des Grottes, j’avais envie de manger mon pique-nique sur un banc. J’ai élu escale prés d’un hêtre débordant de jaune, j’ai profité pour m’en barbouiller un peu la frimousse.

Cette promenade est placée sous la sauvegarde des citoyens.

L’affiche posée à l’entrée m’avait confirmé que j’étais bien de retour en Suisse.

Cela m’a fait penser aux Rougets, ces petits gars qui sont devenus champions du monde au Nigeria ; au début de l’année, ils avaient signé, de leur propre initiative, une charte dans laquelle ceux qui peuvent jouer pour deux pays y promettent de toujours rester fidèle au drapeau à croix blanche.

Cette promenade est placée sous la sauvegarde des citoyens.

Chez nous, beaucoup de gens de tous horizons qui, à un moment donné, décident de changer leur nom pour se sentir mieux. Ou quand l’assimilation brille par la négation d’une partie de soi. Ecrire son identité sur une feuille blanche où figurent les « valeurs » suisses, sans que l’on sache s’il s’agit de celles foulées aux pieds dans la lamentable affaire lybienne, de celles qui font que l’exportation d’armes est défendue becs et ongles – il en va paraît-il de la survie de l’économie -, voire de celles étalées par la commission Bergier, qui a montré combien, pendant la deuxième guerre mondiale, neutralité rimait avec allégeance au troisième Reich.

La liste pourrait être encore très longue.

Il y a beaucoup de bons citoyens qui auront toujours mal au ventre quand Ben Khalifa et Seferovic marqueront pour le pays où ils ont grandi, pour le pays où ils ont leurs amis et leur famille, pour le pays où ils bâtissent leurs rêves et leurs souvenirs.

Peut-être qu’une promenade dans le XXI ème siècle devrait être placée sous le sauve-qui-peut de la notion de citoyens, on opterait alors pour un salut bienveillant et curieux à ses voisins de palier, tout simplement.

« Etre français, c'est avoir sa vie en France et rien de plus. »

Hamé, du groupe la Rumeur, dans un article important paru dans « Le Monde ».

Après une nuit chez Elena, j’ai pris mes cliques et mes claques pour aller surprendre Ariane et le baron du côté de Lausanne. J’ai marché jusqu’à Nyon, espérant que la vue du lac suffirait à m’abreuver, eh bien j’ai vite dû déchanter, cette vingtaine de kilomètres a été effectuée au bord de la route ; dans les pays de propriétaires, petit ou grand, il y a bien des accès au lac réservés aux « happy few ».

Sans doute d’excellents citoyens.

Dans la ville du Paléo, j’ai décidé de consacrer une partie de mon mince pécule pour acheter un billet me permettant de regagner au plus vite, et pas en pièces détachées, mon objectif du jour.

Je suis passé boire un café vers Daniel, on a discuté lecture et écriture, forcément ; il m’a dit que dans les pages sur Béatrice, à force de vouloir être trop « vrai », je n’en étais plus vraisemblable ; il a ajouté qu’il faudrait toujours écrire dans un « au-delà de soi ».

Je vais continuer de jardiner avec ceci en tête.

J’ai aimé la surprise sur le visage d’Ariane, quand elle est venue ouvrir, s’attendant à voir tout le monde sauf moi ; un étonnement qui a pris des modulations différentes, chez ma maman et ma grand-maman, chez Meri, Gandus, Béatrice, Luca et Raphu, mais qui s’est à chaque fois avéré enchanteur.

Puis, très vite, c’est l’évidence de la tendresse qui a repris ses droits ; l’éloignement n’a rien endommagé.

Je pensais me sentir décalé un moment, j’ai été rattrapé par l’éclat du familier ; dans mes envies d’aventure, je me suis toujours dit que je partais serein parce que je sais d’où je viens, que s’y trouvent bien des gens que j’aime ; ma curiosité est une volonté d’étoffer tout cela, pas une fuite, ni une quête désespérée.

Je me disais que j’avais confirmation de cela, hier matin, lorsque j’observais le lac de Neuchâtel pendant mon jogging ; j’avais tourné à gauche juste avant Fiez, en direction de chez Pierre, parcours déroulé tant de fois.

Je me récitais cette interrogation de Juarroz :

« Comment reconnaître le temps
Et trouver le fil inconnu
Qui coupe ses moments
Et le divise toujours
Justement au milieu ? »

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5 Comments:

Anonymous Anonyme said...

pourquoi pas:)

25 novembre, 2009 06:31  
Anonymous Denise said...

Je pensais me sentir décalé un moment, j’ai été rattrapé par l’éclat du familier ; dans mes envies d’aventure, je me suis toujours dit que je partais serein parce que je sais d’où je viens, que s’y trouvent bien des gens que j’aime ; ma curiosité est une volonté d’étoffer tout cela, pas une fuite, ni une quête désespérée.

Serenite, les gens que j`aime, envie d`aventure, curiosite...mmmm....miam
j`adore ton texte, il fait echo...surtout depuis la :-)... Hier a Lukla, 3 mots avec 2 personnages particuliers, comme tant d`autres croises ici...mais cette fois, un echange un peu different...le but de leur `voyage` etait, pour l`un, de revoir le village (Thame) ou il avait vecu lorsqu`il avait 8 ans, apres avoir traverse la frontiere nepalaise...et, ce `voyage` comme un au revoir ou plutos un adieu.... avant de partir pour le canada pour sa `retraite` la demande d`emigration etait en cours....
3 mots suspendus...un peu different des autres...`le bonheur est une maniere de voir ce qu`on est en train de vivre...aujourd`hui, c est un peu difficile...avant de partir...quitter... regarder les choses en face, pour ne pas regretter...et vous si vous deviez choisir definitivement, ce serait les USA ou la Suisse?
...la reponse actuelle est la Suisse....ou ailleurs :-)...

Serenite, les gens que j`aime, envie d`aventure, curiosite....

Sorry, je me suis un peu perdue dans les petits points...mais voila, il y a trop d`echo et j`arrive pas a les mettre en mots :-)

Ah la la...les prochains pas... vers l`Annapurna ;-)

Je t`embrasse

25 novembre, 2009 18:18  
Anonymous Anonyme said...

Une simple rime de l’antique sagesse folk - anglo à côté de tes
réflexions poétiques . Humblement !


« I like going East and I like going West ,

But going home is what I like best ! “



L’éternel voyageur .

27 novembre, 2009 16:17  
Blogger (F.) said...

Oh Karim, le temps depuis que je t'ai écrit pour la dernière fois me paraît si long !

Je t'envoie un mail ce soir,
j'ai tant de choses à te dire ! Il me tarde.

Je ne t'oublie pas (bien sûr que non !), et pense beaucoup à toi.

Prend bien soin de toi,

Fanny

07 décembre, 2009 18:42  
Anonymous Anonyme said...

Your blog keeps getting better and better! Your older articles are not as good as newer ones you have a lot more creativity and originality now keep it up!

08 janvier, 2010 07:34  

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