katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

samedi, novembre 06, 2010

la toile et la trame







Avant l'apothéose du final, quand le soleil n'est plus qu'à quelques encablures d'une longue apnée nocturne dans l'Océan, il y a cette lumière qui, si l'on n'y prend pas garde, est en mesure de faire trébucher notre mâchoire sur le sol.



« É tão difícil guardar um rio quando elle corre dentro de nós »



L'atmosphère a également une touche bien particulière le matin, lorsque la chaleur commence à pointer le bout de son nez, que s'amorce la vie du quartier; une activité, cela m'enchante, ayant pour refrain la porte des cafés.



Aussi l'histoire d'amour entre le linge et les flèches célestes qui, lancées du ciel, viennent se nicher dans tout ce qui pend aux fils traçant la toile et la trame des vieux quartiers lisboètes.



Derrière chez Max se trouve, au pied d'une église qui carillonne avec une charmante irrégularité, une esplanade d'où l'on peut contempler le Tage. Quelqu'un a eu la bonne idée d'écrire sur un mur cette phrase de Jorge Sousa Braga; un poète qui se déguise en médecin, à Porto:



« Il est tellement difficile de garder un fleuve quand il court à l'intérieur de nous. »



Je m'y rends de temps en temps pour caresser un peu le ballon, l'endroit s'y prête à merveille. Une bâtisse dédiée à l'imagination, d'un côté; une véritable manifestation de l'infini et de la puissance qui ne cherche pas à asservir, d'un autre. En équilibre entre les deux, je peux bien faire quelques passements de jambes sans troubler le désordre du monde.



L'inspiration des ombres, quand l'aube est terminée depuis quelques étirements d'après-réveil, ou quand la nuit est à une petite série de gorgées apéritives, touche au génie.



Ombre, en portugais, se dit sombra.



Ombra, c'est l'épaule.



Épaule, dans mon cœur de papier, signifie Gustave Roud.



Et pis alors? c'est pas parce que charrue rime avec morue que les bœufs doivent être attelés en faisant des nœuds.



Non, c'est vrai. Vous excuserez mes associations d'idées sans chute.



C'est que, vous voyez...



Chut.



En montant rejoindre le point de vue le plus panoramique de la ville (hormis les fortifications du château), j'ai suivi un p'tit mec qui faisait des feintes, tout seul, sans ballon, probablement en se rendant à l'école.



Une nouvelle fois le temps et l'espace se détraquaient.



C'est troublant de marcher derrière soi.



Arrivé en haut, j'ai constaté qu'un nouveau panneau avait été installé. On y lit beaucoup d'amertume.



« Rien ne m'afflige plus qu'un peuple heureux, un peuple heureux dans son « va comme tout le monde! » ».



Voilà qui venait bien inopportunément me rappeler que c'est probablement Michel Poêle-Beurkh ou Virginie Desfientes qui va gagner le prix Goncourt. Alors que leurs torchons se vendent déjà par caisses. Pas celles pour chats. Encore que.



Ces jours, j'aime à me perdre dans le démesuré « Diadorim » de João Guimarães Rosa. Il est préfacé par Vargas Losa, le nouveau prix Nobel, peut-être ceci permettra-t-il de relancer quelques tirages de cet ouvrage qui, en livres de poche, est épuisé.



Je tente de suivre le monologue trépidant de Riobaldo, une traque du Diable, avec pour refrain un amour interdit, ceci dans les nerfs de petites guerres qui s'embourbent au fin fond du Brésil.



Mais il y a mille autres manières de ne pas résumer ce livre.



« Ce qu'est la peur: une production à l'intérieur des gens, un dépôt; et qui à certaines heures s'agite, bouillonne, on croit que c'est parce qu'il y a des raisons: pour ci ou ça, des choses qui ne font guère plus que tendre un miroir. La vie est pour dissoudre ce dépôt de peur; un jagunço sait. D'autres le racontent d'autres façons. »



C'est Pierre Landry, à Tulle, qui me l'avait conseillé. A l'époque, il l'avait lu à sept reprises. Parce que, m'avait-il expliqué, la première fois, tu tentes déjà de regarder devant toi; mais tu te rends vite compte que tu as oublié de faire attention sur les côtés. Alors tu sais que tu le reprendras. La seconde immersion, tu as beau être aux aguets, tu n'as pas pu te retourner comme il aurait fallu; ni lever la tête. Alors tu sais que tu le reprendras.



Je pense que vous avez compris le principe.



Vous pourrez prendre le prochain Goncourt en étant certain de n'avoir point besoin d'y revenir, vous pourrez même le lire en diagonale, un gain de temps qui n'est pas négligeable, je vous l'accorde.



Si vous dégotez « Diadorim » quelque part, vous devrez probablement allez chercher des mots comme « accoiser » ou « mucher » dans le dictionnaire. Faut pas déconner non plus.



« Au début, je faisais et je me démenais, et penser je ne pensais pas, je n'avais pas le loisir. J'ai vécu à la dure de dure, poisson vivant sur le grill: qui s'esquinte à la dure ne se monte pas la tête. Mais, désormais, vu le temps qui me vient, et sans petits soucis, je farniente. Et je me suis inventé ce goût, de spéculer sur des idées. »



L'autre matin, alors que je demandais un cake aux pommes, je me suis retrouvé avec un croissant.



Ça vous fait pas rêver une langue où pomme rime avec croissant?!?


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2 Comments:

Blogger Alexandre said...

J'ai simplement envie de dire merci. Merci pour cette promenade dans Lisbonne; où se côtoient revendication et poésie.

J'aime lire ces quelques pas dans une ville, qui, clairement, me manque. J'aime deviner un squelette d'atmosphère au travers tes mots si justement écrit.

Merci vraiment! J'espère que je pourrai te rejoindre pour quelques jours.

"C'est troublant de marcher derrière soi."
Cette phrase est une perle de mots.

Et ces photos...

Au plaisir

07 novembre, 2010 03:37  
Blogger katch said...

Ah mais c'est que cette promenade aurait pu t'être dédiée, mister Alex!

Parce que l'esplanade en question, c'est celle où tu m'avais vu "sécher" le colinet un peu enveloppé.

Et il y a plein de souvenirs, ici, où ton sourire ramène sa fraise.

Je t'attends,
pour slalomer entre délires et indignations,
pour lire et écrire,
au Pois et un peu partout.

07 novembre, 2010 11:49  

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