katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

lundi, avril 14, 2014

dépiauter des petits riens

Gare d'Yverdon, fin de matinée ensoleillée. Sur la voie 2, un touriste prend trois de ses amis en photo. Ils sourient, assis sur un banc. Derrière eux, trois affiches publicitaires, identiques. Inscrit dessus: "Ma vie c'est pas seulement la schizophrénie."


Denis, qui se bat contre sa dépendance à l'alcool; Denis, qui signe ses messages Nez Pâle parce qu'il a été adopté au Népal; Denis, parlant des anxiolytiques qui lui sont administrés parce qu'il a des problèmes d'insomnie: "C'est souvent comme ça, avec la médecine occidentale, elle utilise un Bazooka pour tuer un moustique."


Mia Couto, parlant des liens entra la biologie, qu'il a étudiée et qu'il exerce encore professionnellement, et l'écriture, qu'il pratique avec une inventivité merveilleuse: "Il s'agit de trouver le plus de réponses possibles, pour finalement ne jamais en trouver. Les mots, pour moi, ne servent pas seulement à décrire, mais à découvrir."


Ma grand-maman, alors qu'on descendait le village, discutant d'arbres et d'oiseaux; ma grand-maman qui venait de me dire avoir entendu la première hirondelle de la saison, le jour précédent; ma grand-maman, une fois dépassée une assemblée de tilleuls: "L'amour, c'est sûr que c'est les plus beaux moments d'une vie, mais c'est aussi une sacrée saloperie."


João, que tout le monde appelle JO-A-O, alors qu'il s'agit simplement de prononcer "jouons" sans marquer plus fortement la première syllabe; João, qui est le catalyseur d'un projet de défilé-spectacle qui se tiendra dans une communauté où flotte l'esprit de l'Abbé Pierre; João, qui parle aussi bien de "In the mood for love" que de Tabucchi ou de Tati; João, qui appartient à Emmaüs depuis vingt ans; João, qui, d'une bonne cinquantaine d'années d'altitude, vient de devenir père pour la deuxième fois; João, alors que nous sommes en train d'essayer différentes tenues et qu'il explique ce qu'il aimerait réussir à inventer avec nous: "Surtout, il est important de ne pas perdre une certaine urgence qui naît du désir."


G.-A. Goldschmidt, dans un entretien à la radio, expliquant pourquoi il a délaissé un temps la traduction, notamment de Handke: "J'avais envie d'écrire mes fromages à moi."


Au Centre Social Protestant, quand elle voit que je paye les livres au kilo, comprenant enfin comment je fais pour en amasser une telle quantité, ma grand-maman laisse échapper: "Faudra que tu m'expliques pourquoi tu t'obstines à écrire alors que les livres ne valent définitivement que pouic!!!"


Entendu alors que je me trouvais dans les toilettes du train: "Sur ces îles, y a pas beaucoup de bouffe pour les chiens, parfois."


Magnificence des champs de colza, au printemps. Dire qu'ils sont d'un jaune éclatant est encore trop peu dire. L'intensité de leur couleur confère à l'ensemble du paysage une puissance à la bienfaisante singularité, permettant au bleu et au vert de mieux respirer.


Près du noyer désormais complètement extrait de la terre, énorme dent de bois aux racines moribondes, il y a un parterre de confettis, saupoudré par les cerisiers alentour. Il ne suffit apparemment pas à leurs fleurs d'être une fête pour les yeux quand elles se ouatent sur leurs branches, elles continuent le festival une fois sur le sol, enchantant le regard jusqu'à leur tout dernier souffle.



L'écriture comme moyen de déboulonner les généralités dans quoi on baigne. L'écriture comme attention renouvelée à ces minuscules bouts de tout qui nous entourent. 

Dépiauter des petits riens. Jongler au centre d'un festival de miettes. Être un boulanger de récupération. 

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