katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, octobre 17, 2006

Dans l'angle

S’asseoir derrière, au fond à gauche, ou au fond à droite.

Il y a des habitudes qui sont tenaces, celle-ci me vient de mon passage à l’université, avant je n’en avais pas besoin, parce que je me sentais en classe comme en famille, avec des points de repère, des personnes que j’apprécie plus que d’autres, certaines avec qui un seul regard suffit.

Arrivant sur les bancs de la Faculté des Lettres en ayant choisi de ne pas aller dans la ville qui aurait dû constituer l’enchaînement logique à mes années de scolarité vaudoise, j’excluais toute amitié possible dans l’auditoire et devais dès lors envisager une autre approche de la salle de classe.

Au fond, à gauche ou à droite, généralement plutôt à gauche, histoire d’avoir le meilleur point de vue possible. Autrement dit, en un été, je passais du statut d’élément moteur que j’avais toujours endossé, à celui d’observateur. Regarder, écouter, ne pas lever la main quand un professeur demande combien de pattes à un chien.

Depuis ce jour, je n’ai jamais arrêté de me mettre un peu en retrait. J’adore voyager tout seul, me donner l’occasion d’appréhender une place, un café, comme une scène qui s’offre à moi, une scène qui serait à déchiffrer, ou pas.

Eric Chevillard avait écrit dans « Le Matricule des anges », que, pendant ses années d’études universitaires, il s’était laissé mûrir, je suis tout à fait d’accord avec cette affirmation.

J’ai pensé à cela hier soir lorsque je m’asseyais, au fond à droite, pour voir enfin le magnifique « Das Fräulein » d’Andrea Staka. Cela m’était déjà venu à l’esprit, il y a deux semaines, en regardant un entretien de Pascal Quignard avec Laure Adler, Quignard, outre l’importance qu’il accorde au silence et à la lecture, estime que la notion d’angle est fondamentale.

Il a écrit, dans « Vies secrètes » : « Vivre dans l’angle mort du social et du temps. Dans l’angle du monde. »

J’aime beaucoup cette idée qu’en réalisant un infime décalage avec notre société, avec la course contre la montre qui la caractérise, on embrasse alors la totalité du monde.

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3 Comments:

Anonymous Benoit said...

«« Vivre dans l’angle mort du social et du temps. Dans l’angle du monde. » J’aime beaucoup cette idée qu’en réalisant un infime décalage avec notre société, avec la course contre la montre qui la caractérise, on embrasse alors la totalité du monde.»

En même temps, je suis plus intéressé, sur la durée et la longueur, et bien qu'ayant apprécié de nombreuses pages de ces Vies secrètes, de même que quelques unes d'un certain Bobin entre autres et par exemple, par les écrivains qui ont de l'appétit pour leur société, qui la "bouffent" comme disait un certain R.G. de ces écrivains américains des années 70 dont il se sentait très près.

L'éloignement permet la réflexion et les phrases profondes, mais au prix d'un certain refus du cambouis, des mains salies par toutes sortes de fluides, bref, ma présente plongée chez Philip Roth (chef-d'oeuvre de roman total que cette Tache), après mon éblouissement chez Safran Foer l'an dernier, continue de me tirer vers l'écrivain qui rie, hurle, argumente au milieu du boucan, plutôt que vers l'ermite se retirant dans sa villa magnifique sur la Méditérannée ou dans son petit village campagnard éloigné de tout et qui tissent néanmoins de magnifiques dentelles.

Évidemment il n'est pas question de forcer un choix.

C'est curieux, l'université m'a fait exactement l'effet contraire: sage et silencieux jusqu'à 18 ans, il m'aurait fallu agir, trouver le moyen d'être au centre, "prendre le plancher" comme on dit ici, mais la structure de l'institution (et quelques autres points importants et plus, disons, perso) m'en ont fait sortir assez rapidement.

Finalement, j'ai beau dire, en minoritaire-né, je me sens finalement moi-même toujours en décalage !

Paradox and ambiguity are my middle-names faut croire !!

Ça nous prendrait une soirée et quelques ballons de rouge pour creuser. Ou une ballade en montagne et de l'eau fraîche ? :o)

18 octobre, 2006 00:44  
Blogger katch said...

Moi j'opterais pour une ballade en montagne, suivie par une fondue et quelques verres de blanc.

Tu m'avais déjà fait part de tes réserves concernant les propos de Quignard se rapportant à la lecture et à l'écriture comme actes silencieux, tu aimes quand ça hurle, quand ça gesticule, quand ça vit, en somme, et il est difficile de ne pas te donner raison.

Ce qui me plaît, chez Gary, c'est qu'il est, cela va sans dire, le premier à "bouffer" sa société, tout en aimant plus que tout fuir à l'autre bout du monde et se reposer le coeur et les yeux au bord de son frère Océan, ou dans sa cabane de Roquebrune.

"Paradox and ambiguity are my middle-names"

Like mister Romain, premier à mettre en avant la quantité de contradictions inhérentes à la condition d'homme, à l'affaire homme.

J'aime bien une anecdote que l'on ma rapportée sur Peter Bichsel, un écrivain suisse. Alors qu'une personne lui faisait remarquer que ses propos étaient contradictoires, Bichsel a simplement répondu: "Merci:"

18 octobre, 2006 11:35  
Blogger bulle de savon said...

l'histoire des angles de vue
l'objectif d'un appareil photo
l'image synthétique que l'on voit
les interprétations qu'on en fait
s'il y a bien une chose qui serait plutôt pas mal au niveau de l'éducation à l'école obligatoire c'est d'insister sur des sujets dits " réflexions humaines " en revoyant toutes les disciplines enseignées ici et ailleurs, à la hausse; plutôt que d'exiger à un gosse de 12 ans d'avoir sa moyenne en physique par exemple...

20 octobre, 2006 03:00  

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