katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, février 02, 2007

Artist / hic

Comme toujours, il n’y a pas LA solution magique, cette espèce de chimère complètement folle que nous propose les différents partis à grand renfort de slogans abêtissants, ni pour ce qui concerne l’éducation, ni ailleurs.

Le plus aberrant, dans le cas présent, c’est de poser comme une nécessité sociale incontournable d’atteindre un certain niveau de formation, comme si le jour où il n’y aura plus que 5% de « personnes non qualifiées », la quantité de « mal-être », puisqu’en premier lieu c’est de cela qu’il s’agit, avait une chance de diminuer.

Il me semble d’ailleurs que si on fait le portrait-robot du dépressif suisse, soit la maladie bientôt la plus répandue dans nos belle contrées, il ne s’agit pas exclusivement d’êtres humains ayant échoué dans le sacro-saint cursus scolaire.

Hier, quelques pages après cette brillante analyse, il y avait un article sur un psychiatre genevois qui a mis en scène une pièce de théâtre, le monologue d’une femme « doublement blessée ».

Hormis une remise en cause que j’apprécie de la notion généralement admise de couple, de construction à travers l’autre, qu’il voit dans les ressources qui permettent à cette femme de ne pas se laisser ronger par la douleur :

«Cette capacité à préserver une part d'intégrité dans le bonheur comme dans le chagrin est une belle réponse face à l'augmentation des relations symbiotiques et donc destructrices que j'observe au quotidien»

Je trouve tout à fait pertinent le rapprochement qu’il fait entre les deux activités qu’il exerce et qui pourraient, au premier abord, paraître fort différentes:

«Pourquoi théâtre et psychiatrie? Parce que l'un nourrit l'autre et que le recours aux mots pour dire les émotions n'est pas une coquetterie, mais une nécessité. A la Clairière, prison pour adolescents où je travaille, je suis frappé de voir à quel point ces jeunes délinquants manquent de vocabulaire ou de moyens, comme le sport ou l'art, pour traduire leur malaise. Le passage à l'acte violent vient de là, de cette pauvreté d'expression.»

Peut-être y a-t-il en effet ici une ébauche de voie à suivre, une voix à entendre, donner une place un peu plus importante au côté créatif, mettre à disposition de l’enfant des moyens d’expressions plutôt que de lui remplir la bouche d’un savoir tout relatif qui l’étouffe.

Ecouter, en somme, au lieu de crier et d’imposer.

On en revient souvent à ça.

Juste pour terminer, simplement en passant, au cas où vous hésiteriez dans le choix de votre prochaine lecture, « Loin d’eux », de Laurent Mauvignier, de nouveau cette manière d'imbriquer les mots, d'entremêler les phrases, de donner à voir, grâce à un chaos organisé de pensées troubles, les douleurs et les silences de ses personnages.

Somptueusement terrible.

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3 Comments:

Anonymous Benoit said...

Il y a belle lurette que l'école est devenue l'antichambre de l'Entreprise. Ivan Illich ne disait pas autre chose dans ses essais des années 70; Christiane Rochefort, dans Les enfants d'abord, parlait de la Force Aveugle: pas de complot, juste un mouvement qui emporte tout, qui ne RÉFLÉCHIT PAS, qui fonctionne et dont le but ultime est de... fonctionner. La pensée est au service du fonctionnement de la machine. On n'a qu'à entendre les cris de putois chaque fois qu'on ose suggérer que la croissance n'est peut-être plus souhaitable, du moins, tant qu'on aura pas pris le temps de régler quelques problèmes, comme, disons, la disparation de l'écosystème qui permet la vie. Un détail, surement.

Je me demande si l'écologie en perdition n'est pas notre chance finalement.

Ça passe ou on casse.

02 février, 2007 16:32  
Anonymous Clé said...

Clé dit
La dépression est une sale maladie car elle ne se voit et ne peut être comprise si on n'a pas été victime de la spirale infernale qu'elle génère...Cela dépend évidemment du genre de dépression.Je parle ici de la dépression bipolaire, dite maniaco dépression. C'est à dire qu'il y a des périodes oû on est à peu près bien et des moments oû on est vraiment mal à avoir envie d'en finir avec cette vie qui n'en est plus une...Le grand problème c'est que les symptômes ne sont pas visibles...Cela se passe uniquement en nous! Comme tu le dis, cette maladie ne touche pas que les nuls. J'ai eu personnellement un très bon parcours tant professionnel que personnel jusqu'à ce que quelque chose se casse en moi: trop de fatigue, trop de responsabilités, trop de drames et la chute ignoble dans cette maladie que je ne suis toujours pas parvenue à surmonter...Ne pouvant plus exercer mon activité en raison des responsabilités qu'elle engendre, je suis passée à l'activité artistique pour laquelle je suis assez douée mais dans laquelle je me sens frustrée...J'aurais encore tant à donner dans mon métier...

03 février, 2007 12:57  
Anonymous katch ton doudou said...

Il me semble que, dans ton métier, ce que tu donnais, énormément, c'était de l'amour et de l'écoute, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de travailler pour continuer à distribuer cette superbe disponibilité de ton coeur.

En dessinant, tu le fais autant qu'avant, sans t'exposer à ces braves fonctionnaires des soins qui transforment l'humain en équation, rentabilité oblige.

Continue à te convaincre que tu peux te tenir debout, c'est la plus grande de tes réussites... avec moi, bien sûr...

Je t'embrasse!

03 février, 2007 13:39  

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