katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

dimanche, mars 15, 2009

insolente amabilité






Après avoir extirpé les mots de mon cahier pour les déverser avec virulence sur l’écran, vendredi, j’avais envie de marcher un peu. Je suis descendu en direction de l’avenue de la liberté où se déroulait une manifestation. Des travailleurs que ne se sentent pas respectés, dont les droits sont piétinés. Délocalisation, cela s’appelle, entre autres termes aussi suintants.


J’ai traversé le flot, proposé quelques sourires que l’on m’a rendus à grand renfort de clins d’œil et de mains sur l’épaule. Mais rien à faire, dès qu’il y a foule, je me sens aspiré ailleurs, à l’écart.


La place de la joie n’était pas très loin, cela tombait bien, je les aime les deux, la place et la joie.


Je me suis déroulé sur un banc, j’ai pris quelques photos, offert quelques miettes à des pigeons, j’ai fait quelques passes avec un gamin ; puis je me suis assoupi.


Au réveil, j’ai sorti « La désobéissance de l’architecte », une série d’entretiens avec Renzo Piano, de mon sac.


« - Regarder dans le noir comme Marguerite Yourcenar invitait à le faire ?


- Bien sûr. Et il faut le faire avec désobéissance, ce qui ne gâte rien. Ce sont des choses très importantes, et qui n’ont pas de frontières. Dans beaucoup de nos travaux, reconnaissons-le, nous devons sans cesse brouiller nos cartes et oublier les limites de notre métier. Il faut de l’optimisme et de l’étourderie pour chercher les formes dans le noir. »


Après ma stimulante lecture du journal du matin, ces pages, merveilleux condensé d’intelligence, venaient rejoindre l’orage qui grondait dans ma caboche.


L’obscurité m’a empêché de le terminer sous les branches qui, aidées par le vent naissant, s’étaient mises à me composer une entraînante symphonie. Je suis donc allé le finir dans ma deuxième maison : la casa do Alentejo.


« Ne pas faire de compromis, pour moi, signifie poursuivre obstinément la réalisation d’une idée, d’un projet, d’un espace dont tu as rêvé. Peut-être est-ce ma nature têtue et désobéissante qui me pousse à poursuivre avec une « insolente amabilité » la réalisation de l’espace dont j’ai rêvé. »


Je pouvais aller me coucher, apaisé.


Hier matin, ayant déposé le premier frémissement de mes cils sur le rebord de la fenêtre, il a humé l’air et imposé son verdict : le jour allait encore être au bleu arrimé.


Balade, donc.


J’ai sautillé discrètement aux pieds des fenêtres, y grappillant ce qui luisait dans ces scénettes offertes.


Je me suis retrouvé dans le jardin qui fait face à la basilique Estrella, j’ai extirpé, il était en train de conter fleurette avec une pomme et ma bouteille d’eau : « Un homme qui vivait sur un banc », de Maurice Chappaz, petit texte accompagné d’autres écrits.


C’est Alex qui a eu la bonne idée de me l’amener.


« Certains disaient que j’avais la folie ambulatoire. L’ancien bonheur poétique et comme universel ne pouvait tenir. Je me promenais avec une goutte de rosée sur un fil de fer. »


Comme toujours lorsque je lis Gary, cette fois grâce à cet impétueux Valaisan, fou magnifique qui se repose depuis peu, je me suis senti exprimé, au plus juste ; miracle sans prix.


"Il s'agit de comprendre. Et d'autant plus si je suis l'un de ceux qui font en ne faisant rien, selon la claire formule de Ramuz. A chacun selon sa servitude. Les incidences matérielles je les juge, en général, moins contraignantes que le terrible enchaînement de causes et d'effets qui date des trop lourdes enfances. La culture de Saint-Maurice m'a pétri pour une première réponse. Tel que j'étais, tel qu'était le monde, pour continuer il me fallait une nouvelle ouverture de la conscience."


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6 Comments:

Anonymous Anonyme said...

L'ombre est le visage voilé de la lumière...

Eclairs
Echos de l'ombre
La lumière soupire
En nous frôlant
L'âme éveillée
Perce l'obscurité
Pose une parole translucide
Sur la margelle du silence
Eblouie
Je poétise
A l'orée des paupières
Les larmes épanchent une parole

La poterne s'ouvre de l'intérieur
sous la pression d'un chant...

(J'écris au jeune homme "indocile".
Femme "ingouvernable" au bord de la soixantaine ; parfois, je cerne un halo, comme on perçoit le chant des goélands, par instants fugaces)

Marie-Christine TOUCHEMOULIN
Les ovoïdes

15 mars, 2009 14:43  
Anonymous Anonyme said...

Magnifique récolte, Chappaz et ce "Peut-être est-ce ma nature têtue et désobéissante qui me pousse à poursuivre avec une « insolente amabilité » la réalisation de l’espace dont j’ai rêvé. »".
Qui colle au plus juste à l'homme que j'ai rencontré.
L'insolente amabilité, c'est le voltigeur entre ses gouttes.

Benoit

15 mars, 2009 17:55  
Blogger katch said...

Après de nouveau près de deux mois sans courir, je m'y suis risqué aujourd'hui, sous une chaleur de plomb (j'adore!!!!), j'ai un peu grimacé parce que la douleur n'a pas complètement disparu, mais découvrir ces deux murmures complète le bien-être parfait de la sortie de douche.

C'est donc les cheveux dégoulinant que je vous remercie.

15 mars, 2009 20:11  
Anonymous Anonyme said...

J'écris comme je peins...

La photographie ?

Il suffit d'observer ; les images sont offertes à qui sait "regarder en entendant le chant du vent qui fait signe"... KDO cosmique.

Je retouche jusqu'à l'instant "T"
Là où j'ai tout versé de moi-même, je fais étape puis je poursuis la trajectoire vers cet ailleurs qui ne sera jamais qu'une existence en devenir... un autre tableau, un autre texte... mon chant d'amour ?

J'aime vivre.

Et là, au carrefour de l'âge, je donne la main à votre jeunesse empreinte d'espérance de vie...
Cette "espérance" qui ne m'a pas encore lâchée mais qui parfois s'essouffle à donner sa musique...

D'un instant à l'autre
Sur la portée d'un souffle
Les reflets du vivant m'acheminent.

J'ai modifié ainsi... mais je n'ai rien changé au poème... Vivre, c'est peaufiner le présent, je crois ?

L'ombre est le visage voilé de la lumière...

Eclairs
Echos de l'ombre
La lumière soupire
En nous frôlant
L'âme éveillée
Perce l'obscurité
Pose une parole translucide
Sur la margelle du silence
Eblouie
Je poétise
A l'orée des paupières
Une résonance
Perles noires du Chergui
Les larmes épanchent quelque sésame

La poterne s'ouvre de l'intérieur sous la pression du chant...

La conspiration des reflets sur la portée d'un souffle...

(Et votre blessure après le footing ?)

Marie-Christine TOUCHEMOULIN

16 mars, 2009 16:18  
Blogger katch said...

"J'écris pour voir", disait Dotremont, je crois qu'il y a aussi de cela dans ma manière de prendre les mots à la gorge, parfois.

Envie de peindre une fresque de paragraphes qui donne à voir ce qui tempête en moi, pour souffler sur les nuages, pour que d'autres me proposent leur parapluie.

Votre main m'est précieuse, merci beaucoup.

Quant à ma blessure, elle est aussi indocile que moi, alors on fait un ménage "rock and roll".

:-)

16 mars, 2009 16:29  
Anonymous Anonyme said...

Je viens de lâcher un commentaire sur un de vos ressentis d'été...

Vous savez, la chaleur qui se propage d'une main à l'autre par indavertance flèche toujours un chemin au carrefour où notre vie est en passe de bifurquer...

La fresque ?
Je ressens cela en vous approchant...
Ecrire et peindre, pour "voir" cet ailleurs qui nous aimante ?
Non : Juste pour l'habiter.

Marie-Christine TOUCHEMOULIN

16 mars, 2009 17:39  

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