katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, mars 06, 2009

dans un bassin inexistant








Je dois m’y faire, je ne peux m’en défaire, certaines pensées m’oppressent dès que je me perds dans les endroits où la dépense est reine, dès que je me prends les pieds dans le tapis de la consommation, dans la thérapie pour devenir plus con, en masse, sans mission ni ascension.


J’avais été invité à manger par mes logeurs, près d’Oriente, le nouveau quartier de Lisbonne qui a été entièrement conçu à l’occasion de l’Exposition universelle, il y a 11 ans.


Partant dans cette direction, ils m’avaient proposé de m’y déposer pour que je découvre cette zone où je leur avais avoué n’être encore pas allé. Je pouvais ensuite y prendre le métro pour regagner le centre.


J’avais donc poliment acquiescé.


Eh bien comme je m’en doutais j’ai tout de suite été envahi par ce mélange insupportable de tristesse, d’incompréhension, ou peut-être précisément de trop prétentieuse compréhension.


En tout cas, une des seules personnes qui se marrait en me glissant des mots à l’oreille, traversant un centre commercial aux dimensions dépassant l’entendement, c’est à nouveau ce brave Foglia.


Dans sa chronique du 28 février, qui est délicieuse, on trouve un moment ceci :


« […], bref, plus vous êtes un peu con, plus vous contribuez au progrès.


Le monde est drôlement bien fait quand même. »


Je tentais de chasser ces désagréables interférences, je pouvais essayer de faire un effort, quand même, je ne sais pas, m’ébahir devant un écran ou acheter du fil dentaire « Hello Kitty », me laisser aller, quoi, me libérer, participer.


Mais non, contre ma volonté ma tête continuait d’osciller de gauche à droite.


Avec ma barbe, mes cheveux qui ne ressemblent à rien de connu, et un sac sur le dos, je me suis dit qu’il valait mieux ne pas rester trop longtemps dans cette position, on risquait de me prêter des intentions peu bienveillantes.


J’ai foncé jusqu’au métro, me rappelant dépité que je n’avais même pas un livre avec moi.


Deux gosses m’ont redonné le sourire.


Tout d’abord un garçon d’une dizaine d’année, tombé en montant les escaliers, qui a regardé sa maman, tout inquiète, et lui a dit, mort de rire : Penalty !


Puis une fille minuscule qui trouvait que le monde avait l’air nettement plus sympa avec des lunettes de natation.


Elle s’est déjà rendue compte que les grandes personnes semblent nager en permanence, dans un bassin inexistant, mais gaspillant beaucoup d’eau quand même.


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4 Comments:

Blogger Lise said...

il y a-t-il en ce monde une place réelle pour ceux qui refusent ?

Tendrement,
Lise

06 mars, 2009 11:39  
Blogger katch said...

Hier, visitant avec Alex (encore un ami venu me trouver...) le musée d'art moderne qui est dans le jardin Gulbenkian, j'ai noté ce titre d'une œuvre (par ailleurs pas très jolie...):

"Manifeste (pour une cause perdue)".

Vivre pour la dessiner et l'offrir à d'autres, cette place (ir)réelle.

Avec toute la douceur de son acharnement à y croire

06 mars, 2009 12:23  
Anonymous Anonyme said...

Votre ressenti est rassurant.
Mais soyons pragmatiques :
Ces passages sont incontournables, à moins d'opter pour la vie monacale !?
Nous ne sommes pas obligés de nous attarder dans ces quartiers-là ?!
A moins de prendre une marche pour noter un poème...
mct

06 mars, 2009 13:41  
Anonymous grosnuages said...

Les photos sont incroyables, j'aime beaucoup ! Je reviendrai régulièrement sur votre blog. Merci de ce partage. Ça laisse rêveur ...

06 mars, 2009 14:55  

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