katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, mars 17, 2009

l'enfance, remède contre la suffisance distinguée








J’ai ouvert les yeux avec encore le salé des larmes qui hésitait entre veille et sommeil.


Ma tête s’est penchée légèrement vers la gauche. Il était 2h52.


J’ai laissé ma main se nourrir quelques secondes du mince espoir que la femme que j’aime était à mes côtés, mon bras a caressé les contours du vide, puis, résignée, ma mimine s’est contentée de me frotter les yeux.


Pas de sourires à glisser dans ses oreilles, ni de câlins pour amener de l’eau au moulin de la tendresse.


Il n’était pas 3h, mais je savais déjà que le sommeil n’allait pas revenir. Alors je suis sorti de mon lit.


Face contre terre, j’ai fait des séries de pompes, me marrant tout seul, le regard humide.


Repensant au rêve qui m’avait réveillé.


Hier après-midi, je suis allé aimer les livres à la bibliothèque de l’Insititut franco-portugais, un endroit où me scrutent Pascal Quignard, Nancy Huston, Jean Echenoz, quelques autres aussi.


Je suis allé aimer les livres ; j’en sors un, je l’ouvre au hasard, si cela me plait, je lis la première page, si je suis toujours convaincu, je le glisse sous mon bras ; et je reprends ma parade amoureuse.


Celui qui m’a aimé en retour, hier, s’intitule « Poèmes périssables », il est d’Abdellatif Laâbi.


Ma première curiosité m’avait murmuré cela :


« Plutôt que sens

donner consistance

à la vie »


Mais ce n’est pas de ceci que j’ai rêvé, non.


Comme j’étais à l’IFP, je me suis attardé sur le programme de la semaine de la francophonie qui débutait hier. J’ai vu que, à 19h, il y avait une projection de « Quand la mer monte », un film de Gilles Porte et Yolande Moreau que j’avais envie de voir depuis sa sortie.


Cela tombe bien, me suis-je dit.


Juste avant, il y avait l’apéritif de lancement des festivités, j’y ai laissé traîner ma silhouette une poignée de secondes, cela tombe bien bas, me suis-je empêché de dire, allant me réfugier dans un corridor vide.


Puis le film. Je n’ai pas été bouleversé, cela étant rendu d’autant plus difficile que devant le jeune en short, à la dégaine étrange, armé d’un sac apparemment greffé en alternance sur le dos ou sur les genoux, vous m’aurez reconnu, se tenait un monsieur bien comme il faut, avec costard de circonstances pour le mousseux, un sombre connard qui a réussi l’exploit de parler dans son téléphone portable pendant les cinq premières minutes du film.


Excusez-moi cet écart de langage, je m’enflamme facilement devant la suffisance distinguée.


Je n’ai pas été bouleversé, mais touché, oui, au plus juste, par plusieurs scènes.


Ce n’est pas de cela que j’ai rêvé non plus, il est vrai.


Dimanche, j’ai écrit plusieurs lettres qui me tenaient à cœur, une, surtout, consécutive à mon dépit devant l’affligeant débat télévisé où un des trublions de l’UDC affichait tout ce qui me débecte dans une certaine humanité dite civilisée.


Je ne sais pas comment elle sera accueillie, mais elle m’a d’ores et déjà réconcilié, avec moi.


C’est aussi pour cela que je me suis mis hors circuit, pour dessiner à certains les mots que, prononcés, ils sont incapables d’entendre.


J’ai été aidé, en ce sens, par la lecture du passionnant Cahier de l’Herne consacré à René Char, une merveille dénichée ici même, au marché aux puces, pour un petit Euro rarement aussi bien investi.


L’essai d’introduction de Dominique Fourcade et les vers que Saint-John Perse dédient au poète avaient rempli mon après-midi, je débordais, alors besoin d’aller courir, très fort.


Dans mon rêve ? Ce n’était pas cela, non.


Mais un peu de tout ce que je viens de vous dire.


Vous savez, il y a cette affirmation d’Annie Leclerc qui est nichée dans chacune de mes paroles et de mes actions, « je vais à l’enfance non pour fuir l’adulte qui est en moi, mais pour en parler la voix la plus juste. »


Dans mon rêve, j’étais au bord du terrain de foot, à Champagne, puis à Grandson, puis à Bonvillars, mais il n’y avait personne.


A un moment, alors que je cherchais désespérément un ballon, il y a Olic qui est arrivé, il m’a dit qu’on avait tous arrêté, il y a longtemps. Que contrairement à ce que l’on avait pensé, cela n’avait pas été difficile.


Alors je levais la tête, dégoulinant, ne pouvant que lui avouer que oui, pour moi, ces heures à jouer avec mes potes, cela avait été le meilleur ; donc le plus dur à effacer.


Je n’ai pas 30 ans, mais c’est il y a déjà quelques années, quand bon nombre de mes copains ont commencé à préférer regarder la télé le dimanche après-midi, quand, après une vingtaine de coups de téléphone passés, l’on se retrouvait à 2 ou 3, souvent avec Lolo et Jacques, que j’ai commencé à vieillir.


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8 Comments:

Blogger Alexandre said...

On rêve. On rêve d'enfance. On est enfant. Il faut garder le grand gosse en soi comme tu l'écris merveilleusement bien dans cet article.

Merci pour ces mots infantiles, graciles.

J'aime à dire qu'il faut garder l'éclat de l'enfance dans les yeux et la conscience d'un adulte dans l'esprit!

Pour moi, c'est là où la vie existe!

17 mars, 2009 11:19  
Blogger Lolo#11 said...

Putain même à moi tu me fous un coup de vieux avec ton alusion des motiv salles du dimanche après-midi... qui ont fini en eau de boudin à mon plus grand regret !

17 mars, 2009 16:55  
Anonymous Anonyme said...

L’enfance , l’enfant en nous – un thème merveilleux , précieux , chanté magnifiquement par de grands penseurs, poetes écrivains, artistes , nous passionne et émotionne toujours . (On en a déjà parlé sur ton Blog )

La voix de Annie Leclere y ajoute une nouvelle, pour moi , perle de sagesse .

Une simple réflexion.

La perte d’une beauté ou … ?

Observant dans le monde contemporain les enfants , ces minuscules ‘ adultes ‘, bombardés par une myriade de stimuli ,
technologiques , victimes des ambitions folles de leurs parents d’en faire d’eux les futurs vainqueurs du monde ( avez-vous noté que le mot ‘ champion ‘ règne suprême hurle partout ) et des exigences d’une société moderne infiniment cruelle, d ’un progrès, qui ironiquement détruit le progrès même .
reaction auto-immune …

Cela ne suffit pas - on se ressent , on s’ émerveille ( comment ?,
pourquoi ? ) on s’ indigne , on discute sans cesse, on critique sévèrement le comportement détestable de petits- grands stressés, on étudie et crée des méthodes innovatrices , des stratégies nouvelles , fascinantes
pour le corriger , le faire au moins … acceptable.

Pauvres petites âmes innocentes !

Je déplore de disparition de la douceur et la tendresse d’une période normale du development de l’être humaine et songe désespérément au temps
quand les enfants étaient vraiment DES ENFANTS , simples , plutôt naïfs réjouissant
quand penchés dans les bancs d’école sur L’Abécédaire et balbutiant , ma…ma… pa, pa. … des mois et mois entiers , leur petits doigts sur les lettres comme pour ne pas les laisser s’échapper , arrivaient finalement à découvrir la magie de la lecture , cette grande présence qui leur fera voir le monde , qui les accompagnera
toute une vie .

L’enfant a toujours touché au cœur de l’homme dans chaque époque , dans chaque civilisation.

Je pense souvent à la poésie de William Blake (1757 – 1828 ) The Lamb ( l’Agneau ’) et
Holy Thursday (Jeudi de Pâques ) dans ses splendides ‘ Poems of
Innocence ‘ où l’enfant lui-même nous fait sentir son innocence son ’
émerveillement devant la création avec la spontanéité qui fait de lui le
vraie , l’unique trésor qu’il est .

Magnifique !



Avec la passion pour ce sujet , malgré mes limitations expressives et .. …oui .. grammaticales ,

la feuille


Merci pour il Fiorellino – un peu bref ?

17 mars, 2009 18:47  
Anonymous Anonyme said...

Hey mon tchoupo on dirait que tu t'ennuie de nous à Lisboa? Ici je passe mes journée et soirée au cinema, au FIFF. J'ai déjà vu 4 films du même réalisateur, Fransisco Lombardi, un péruvien. Si tu as l'occase, n'hésite pas! A tout hasard pour rigoler un bon coup: Pantaleon y las visitadoras.
Pour reflechir un bon coup: Sin Compasion.
Pour se tortiller de mal sur son siege comme tu adores:
La boca del Lobo
Pour admirer une actrice magnifique:
Mariposa Negra!

VIVE le FIFF!!

tchoupette

PS et assura? c'est reglé?
PS l'actrice de Pantaleon est pas mal non plus...:)

17 mars, 2009 23:57  
Anonymous Anonyme said...

Ma mère disait "Un jour pas fait comme un autre..."
Elle a quitté ce monde accidentellement en 1963.
Mais je n'ai pas oublié ses expressions suggestives.

Un de ces jours-là, j'écrivais le recueil "Fleur de sel" :
Ce texte, je l'ai noté à cause de Mallarmé, après avoir écouté Patrick LAUPIN...

L'enfance
Toute penchée sur la plage
Quand les genêts
L'enfance noyée
Dans son propre sillage
Quand la bruyère
Homme et femme
Poètes en pèlerinage
Quand les fougères
Sont dorées à la feuille
La solitude
Apprend à parler
Avec les mains
A lire entre les lignes
Vision de l'âme
Elle draine ses larmes
D'une voix qui touche
Les arcs-boutants du sable
A marée basse
Soleil et vent
Main dans la voix
Tout un assèchement
Donne forme à la vie
Fleur de sel

La lumière s'évapore. Parfum égrisé à contre-jour.

(Je crois qu'il faut offrir au temps celui d'accomplir sa tâche jusqu'au jour pas fait comme un autre où il choisit de fleurir au plus profond de soi.)

Marie-Christine TOUCHEMOULIN

18 mars, 2009 19:36  
Anonymous Anonyme said...

Parce qu'un jour pas fait comme un autre (Elle avait raison) on sait qu'un enfant chante en permanence en soi... on apprend que "parler" fait du sens au sein du vivant... tout auprès de l'autre qui est en passe de sa propre existencece au plus près de lui-même...
MC. Touchemoulin

19 mars, 2009 00:55  
Anonymous Anonyme said...

Une petite framboise pour rendre l’ enfance ‘ un vrai thème avec variations .

« Je faillirai à ma vocation du romancier si je ne disais pas ici un mot . sur Jan
Meijer, lui-même.

Il est très grand (………)

Son visage , orné d’une petite moustache blonde a perpétuellement cet air
malin ……

Sous cet air malin se cache l’enfant de huit ans , qui est en lui et
qui fait de lui un créateur .

Il y a en lui un besoin de merveilleux , du coup de baguette magique d’une telle
intensité que c’est avec authenticité qu’il casse les reins de la réalité chaque
fois qu’il parle . »


( Romain Gary - Article sur le peintre hollandais Jan Meijer )

( Courtesy of Benoit Desmarais )

19 mars, 2009 02:11  
Blogger katch said...

Je suis content que cela ait bougé, et de quelle manière, dans les commentaires de ce post.

Parce que j'y suis vraiment au plus juste, au "plus près de moi-même".

Alex, Lolo et Raphu pour signaler que les potes viennent aussi par ici, de temps en temps.

Marie-Christine comme une belle preuve des petits univers que la Toile permet de faire se rencontrer.

La feuille pour indiquer combien Romain et les framboises sont importants dans ma vie.

Merci à vous.

19 mars, 2009 11:45  

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