katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

jeudi, mars 19, 2009

une autre manière de faire de la menuiserie






Ils m’ont accordé combien ? trois minutes ? quelque chose comme ça.


Alors je me suis levé, me suis dirigé devant l’auditoire, ai pris le micro. La dame qui organisait la discussion avait dit qu’elle savait qu’il était difficile de parler après des écrivains (ah ouais ? mais est-ce qu’on peut toucher ? ils crient ? ils se désintègrent ?), mais qu’il fallait oser, au moins risquer des questions.


Je vais paraître prétentieux, après ce que vous avez dit, ai-je hasardé pour commencer, mais je n’ai pas de question, ou trop pour les poser en quelques minutes avant le tant attendu Porto de l’amitié. Ce que j’aimerais, c’est amener une voix non pas discordante, mais « bousculante ».


Avec toute la prétention de la place que les livres ont dans mon existence.


J’avais envie de répondre à un des interlocuteurs présents qui avait laissé entendre que les poètes se mouraient, qui avait dit qu’il fallait davantage de dérision. Il avait affirmé cela engoncé dans son costard, tiraillé par sa cravate, il avait dit cela après avoir présenté les personnes présentes d’une manière tellement empruntée et soporifique que c’en était une insulte au terme de « dérision ».


Vingt minutes que j’étais assis, mon carnet baillait cela:


On souhaiterait du soyeux

du joyeux

des mots qui rendent curieux


On se retrouve avec du pompeux

du laborieux

seulement de quoi détourner les yeux


La mission d’élagage la plus impérieuse

débarrasser la culture de sa patine sirupeuse


Si j’ai eu envie de prendre la parole, c’est qu’après cela, après ces balbutiements protocolaires, après qu’un nouveau pingouin s’est levé (un de ceux qui étaient dans les deux premiers rangs indiqués « réservés », seules les fesses des happy few viendront sur ces coussinets) pour répondre, ou plutôt en répondant à son portable, après avoir fait un effort pour ne pas le tacler quand claquaient ces mocassins bien cirés, après cela, une fois que ce sont les livres qui ont occupé l’espace, il y a eu des frissons, il y a eu embrasement des mots et des esprits.


La flamme de ma seule légitimité, de ma seule crédibilité revendiquée, à savoir la brûlure occasionnée par bien des textes, s’en est trouvée avivée. Et ainsi de mon dépit.


Alors je me suis levé, constatant quelques haussements de sourcils devant l’audace de ce type, de nouveau dans un short surmontant d’inqualifiables chaussures de marche, affublé d’un T-shirt vert du plus mauvais goût, arborant un slogan discutable : « Defend Skate » ; que va-t-il dire dans cette marre de gens tiraillés à quatre (seulement ?) épingles ?


J’ai souri puisque, une fois de plus, c’est ce que je fais de mieux, merci maman, merci papa, et je leur ai dit que je trouvais remarquable et louable cette volonté d’échanges entre cultures, que les poètes n’étaient pas mort, ils venaient de l’illustrer à merveille, mais qu’il me semblait nécessaire de casser d’autres barrières, surtout une qui oscille entre fossé générationnel et réalité socio-économiques.


Je leur ai dit que j’aurais voulu que mon petit frère soit avec moi, parce que le texte lu par Norbert Schlechter lui aurait arraché des larmes, assurément.


Il aurait pris aller/retour la baffe de son affirmation que l’écriture se fait pour


dégueuler le sirop bigot des curés


taper dans la poisse des rhétoriques


vivre une autre manière de faire de la menuiserie


se mimer fœtus



Il aurait, triste conditionnel, parce qu’il ne serait pas entré dans la salle en voyant l’auditoire et ses occupants, vernis indiquant qu’ici n’était pas sa place ; l’aurais-je persuadé d’entrer, il serait parti avant qu’il se passe quelque chose, soupirant pendant les mondanités d’usage qui cassent tout, ou presque.


Alors je leur ai dit que « dérision » peut-être, sans doute, mais que je ne l’avais pas sentie, ici.


Il vous incombe, en tant que représentant d’une certaine Culture avec un « c » majuscule à raboter d’urgence, de vous draper aussi de légèreté et d’humour, plutôt que de montrer vos épaulettes ; tendez la main aux lecteurs qui ont besoin de vous, pas à ceux qui ont besoin de dire qu’ils y étaient.


Incarnez vos textes, cela seul compte, pas les millimètres ou les centimètres de vos CV respectifs.


Happy few. Place to be. Lounge bar.


Go and F… yoursef.


Allez dans ces rues qu’on affuble des épithètes les plus douteux, remettez en cause chapelles et institutions, répondez vraiment aux blessures que peut apaiser le poétique, ailleurs que confortablement installés, avec petite écharpe et cigare pour le style.


C’est ce que j’ai en partie slammé, pas trop vite, pensant à Meri qui n’a encore pas pu m’offrir de cours de diction, c’est ce que je leur ai amené, en substance, en écho à certains besoins de subsistance.


J’ai essayé de ne pas trop m’enflammer, demandez aux petchons ce que cela donne quand je me lâche pour une théorie d’avant-match, parce qu’autrement j’y serais encore.


Quand je suis allé m’asseoir, sous des applaudissements dont je ne sais encore pas s’ils signifiaient qu’on m’avait entendu ou qu’on avait hâte de passer à autre chose, le fameux Porto de l’amitié, foutaises entre quatre murs, quand je suis allé m’asseoir, un des ambassadeurs m’a pris par le bras pour me dire que « s’il pouvait, il se passerait bien de la cravate ».


Ce n’est pas « yes we can » le nouveau leitmotiv pour poudrer les yeux et faire frémir les babines ?!?


Tu peux, mec, oui, tu peux.



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9 Comments:

Anonymous Anonyme said...

ton texte me fait la même sensation que la vidéo de Wajdi Mouawad.... vos personnalités respectives y tissent des liens dans mon esprit... et cette dose d'humour que tu arrives, si subtilement, à soupoudrer sur cette forme d'affirmation de soi qui tend à contrer cette suffisance tirée à quatre épingle, moulée dans une institution du vide....
Moi je te love mec, dans ton short de malade et ton vieux T-shirt de skate pourrave!
YOuhouh...ah ben je m'emballe aussi

affectueusement, la flêche

19 mars, 2009 15:26  
Anonymous Anonyme said...

J’espère que ce soir l’auteur que j’adore , apaisera ton âme ! Il y a une
grande syntonie entre vos idées et le courage de les proposer et défendre.

(Je pense que le livre traduit en portugais est celui , dont je t’avais parlé beaucoup – a must for you )

Un peu de légèreté ( Conspirateurs : le soleil magnifique et le souffle délicieux d’ Aeolus ce matin ) .
La cravate … ugh ! Mais les shorts ?

L’insistance de les afficher ?

Un message ?

Une discrimination renversée ?

Kleider machen Leute oder Leute ( du -toi ) machen Kleider ???

( Quand on pense à la ridicule photo de Romain - un vrai paon en costume
officiel de Consul Général de France à Los Angeles … )

Pour rire un peu,

J’ imagine le jour quand tu devras lire tes framboises devant un public , toi en mise obligatoire d’occasion et l’audience qui se présente … tous en shorts ?

Petit jardinier des mots , si affectueusement compris , si amicalement accepté même avec ses chaussures de course … !

la feuille .


Je laisse l’espace pour les discussions sérieuses, pensées sensées, que ton très beau texte provoque et mérite.

19 mars, 2009 16:20  
Anonymous Anonyme said...

yeah mec!!! y a une video aussi sur youtube? OUh lala Le katch qui se lache, Lisboa et IFP attention!! UNe tornade au tshirt vert monte à la barre!!!
Va voir Pantaleon y las visitadoras, ca te fera sourire!! A plus mon tchoupo!!

El grande D!

19 mars, 2009 19:03  
Anonymous Anonyme said...

Karim qui est allé refaire la révolution des oeillets !!
J'aurais payé cher pour te voir et t'entendre, en Grégorius de Fribourg au milieu des pingouins.
Non, décidemment, y'a pas que dans le sourire que tu excelles dis donc...

Benoit

20 mars, 2009 04:18  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour...

Il faudrait toujours...

* Garder les mains dans les poches du vivant pour toucher la vie en instance de parole...

* Tourner l'émotion sept fois dans sa bouche...

* Placer un bob blanc sur le crane de l'écriture...

* Maîtriser l'intellect...

* Oublier de penser... sans jamais cesser de réfléchir...

Non, pas des concepts ! Mais la lumière pour chapenter les âffres du décor...

Il faudrait écrire la musique sur le tambour du coeur au ventre en menant l'intelligence à la baguette...

20 mars, 2009 14:16  
Anonymous Anonyme said...

... baguette de coudrier dans la trajectoire ?

Je crois qu'en s'effaçant jusqu'à en oublier son nom, nous parvenons à percevoir la musique de la source... "un jour pas fait comme un autre"...

Marie-Christine TOUCHEMOULIN

20 mars, 2009 14:24  
Blogger Julien said...

Des fois on a envie de te rouler une grosse pelle tellement tu fais plaisir (mais des fois seulement)!

21 mars, 2009 22:57  
Blogger Akiko said...

Je passe vite fait pour m'excuser du retard de mes mails, et de la lettre aussi. Je suis en plein déménagement, la tête souvent enfouie dans les cartons, et il y a le bac blanc de mercredi matin et l'oral de TPE mercredi après midi... Entre révisions (sans compter tous les livres que la prof nous demande de lire pour un certain temps déterminé) et cartons je n'ai même plus le temps d'écrire.
Je m'en excuse...

J'espère cependant que tout va bien pour toi. Tu peux, si tu le souhaites, me laisser des mails, je les lirai lorsque j'aurai du temps.

Doux bisous ensoleillé.

22 mars, 2009 14:16  
Anonymous gmc said...

UNE AMENUISERIE SANS MANIERE

On se poudre les yeux
Comme on regarde une femme
Du satin dans les mirettes
Des pervenches au coin des cils

Pas de manières
Dans les plasturgies sylphides
Qui dévergondent les plastiques
Sous d'anodins vocables

Du bois pour le feu
Et tout brûle

Un incendie pour demeure
Dans une mer de napalm
A la douceur flamboyante
Qui peint des vénustés

On saupoudre des femmes
Comme on garde les yeux
En satin de nuisette
Une avalanche au coin du mil

25 mars, 2009 01:10  

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