katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, novembre 21, 2008

une étoile serrée

Cela dure depuis mercredi, deux nuits de suite que je tombe de mon lit consécutivement à un fou rire. Cela commence de cette manière.

Je marche tranquillement dans la rue, je rentre d’une séance footballistique, comme je suis fraîchement douché, j’ai un linge enturbanné autour de la tête, dégaine de sikh du plus grand chic. Mon élan est stoppé net par un « fatigué » qui me demande de bien vouloir faire un don pour les droits de l’homme.

Ayant l’impression d’avoir fait, grâce au festival de petits ponts que je viens d’orchestrer, largement ma part pour le bien-être de la planète, je le prie, serein, d’être un peu plus précis. Il me montre alors une photo du nouveau plafond de la salle de l’ONU décorée par Miquel Barcelo.

Et là je m’étouffe de rire pendant qu’il n’arrête pas de me demander qu’est-ce qui me semble si drôle dans les injustices qui peuplent la planète.

Je tente de reprendre contenance, rien à faire, j’ai, agrafé au fond des yeux, un amoncellement de costards vides, flottant au-dessus d’une terre asséchée. Je pense à la manière dont a été, à très juste titre, intitulée la traduction de « Le grand vestiaire » de Romain Gary : « Kleider ohne Leute ». Habits sans gens.

J’ai aussi en tête ce passage d’ « Education européenne » : « Et il parut soudain à Janek que le monde des hommes n’était qu’un sac immense, dans lequel se débattait une masse informe de patates aveugles et rêveuses : l’humanité ».

Je regarde autour de moi, essaye de me raccrocher à quelque chose, à quelqu’un, mais voilà que le type du kiosque, le gentil monsieur qui m’a quelques minutes auparavant tendu « Libération » en me disant « avec le beau sourire de la belle Ségolène », le voilà qui, ayant manifestement oublié qu’il boite, court dans ma direction et me tacle à hauteur de genoux.

Je me retrouve non pas les quatre fers en l’air, comme le consacre l’expression, mais les deux baskets par-dessus la tête, comme un con sacré qui fait forte impression ; mais cela ne suffit pas, je suis toujours secoué par ce rire inopportun.

Super philanthrope a disparu, la survie de la planète ne peut sans doute pas attendre sur un cas clinique comme le mien, mais le brave monsieur est toujours là, seul être humain au milieu de ce ballet de vêtements volants.

Il se penche alors sur ma minuscule et ridicule personne, me tend la main pour me relever, soupirant qu’il n’a rien contre moi personnellement, bien au contraire, mais qu’il faut bien que je comprenne que les informations sans queue ni tête qui se déversent de partout ne sont que ça, la répétition incessante de l’agression de Schumacher sur Battiston.

« Restée impunie, ajoute-t-il, avec le sacre mondial pour l’Allemagne, peu après. Mais bon, c’était il y a un quart de siècle, soit une éternité pour notre époque se gargarisant de présent et de futur. Je ne suis même pas sûr que vous étiez né. Vous connaissez Romain Gary ? La bonne moitié ? On est tous un peu allemands, ça vous dit quelque chose ?!? »

Là je commence à comprendre, Morphée relâche son étreinte, je me réveille dans le noir, les abdominaux douloureux.

Kundera a écrit quelque part que plus on se répète une histoire drôle, plus elle devient triste.

Je tends la main pour trouver du réconfort dans un livre. Dominique Sorrente m’embaume l’âme jusqu’à la prochaine crise :

« Cela vient comme une étoile serrée ou la maigreur du pain, une insistance à donner le change à ceux qui continuent d'inscrire au sol leurs arcs-en-ciel. »

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