katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

vendredi, avril 10, 2009

Pouêt, Pouêt











Pouêt, Pouêt.


Elle tente de lui parler, en vain. Sa maman est occupée à s’adresser au bébé de la table à côté comme à, comme à qui ? je n’en sais rien ; personne ne mérite ça.


Elle fait des espèces de bruit avec la bouche, secoue la tête, demande aux parents si elle fait bien ses besoins.


Pendant ce temps, sa fille, pas beaucoup plus âgée, lui pose des questions.


Pouêt, Pouêt.


« Aldo », mon grand-papa m’appelait souvent comme ça, « viens regarder, c’est un moment d’Histoire ce qui se passe à la télé. »


Je ne savais pas encore que ce mot pouvait prendre une majuscule, mais je savais que si lui me disait qu’il se passait quelque chose, c’était qu’il se passait quelque chose.


Comment on explique la guerre froide, sa fin, à un enfant ? Comment on parle de politique et autres petits bonbons acidulés de la « réalité » à un gosse ?


Je ne sais pas, mais il le faisait, depuis que je savais parler, ce qui m’offrait une considération précoce dont j’étais, je dois dire, très friand.


Pouêt, Pouêt.


Le communisme me poursuit, ces derniers temps, du fait de Maud, qui l’apprête à toutes les sauces, à cause de « Retour au Vietnam », le livre de J-C. Guillebaud et Raymond Depardon, aussi.


Né en Suisse au début des années 80, cette idéologie ainsi que sa triste mise en pratique n’a jamais représenté quoique ce soit de concret.


J’ai aujourd’hui en tête des lignes d’un article de Juli Zeh, lu en fin d’année dernière, dans lequel elle expliquait combien, ayant ouvert les yeux pour la première fois à Leipzig, en 1974, la chute du mur avait représenté une bouffée d’air, une libération des possibles, la promesse d’un avenir qui ne serait plus divisé en deux.


Sans ne serait-ce que l’ébauche d’un sentiment d’appartenance patriotique ou religieuse, elle se réjouissait de pouvoir se construire dans un nouveau « vivre ensemble » ; vivre vraiment tous ensemble, sans grand méchant, ni moteur interne abrutissant.


Pouêt, Pouêt.


Puis il y a eu le 11 septembre, ces minutes meurtrières sont venues inscrire une nouvelle bipartition. Encore plus pernicieuse.


Le monde est tellement plus lisible quand on le caricature, quand on lui accole une ligne de (non-)pensée manichéenne.


Juli Zeh explique, dans cet article, combien il est non seulement détestable, mais menteur, d’avoir depuis lors dessiné les contours d’une nouvelle confrontation entre les cultures, un nouveau clash des civilisations. Ceux qui sont à la base du 11 septembre, quels qu’ils soient, sont juridiquement considérés comme des criminels, par tous les états.


Pouêt, Pouêt.


Obama a dit bonjour à l’Iran, il a même dit deux lignes en arabe.


Il aimerait, au passage, 84 milliards de dollars pour la guerre en Afghanistan.


Quand je tente de lire les journaux, sur Internet, il y a des fenêtres publicitaires qui me sautent dessus en permanence.


« J’ai envie de toi », elles hurlent.


Enfin non, plutôt : « Tu as envie de moi ».


Je pense que vous pourriez citer quelques autres exemples auxquels vous êtes soumis, dans votre quotidien. C’est les seuls messages clairs qui passent.


J’ai déposé plainte pour harcèlement, on m’a filé une boîte de médicaments.


Pouêt, Pouêt.


Je regardais la petite fille agiter les bras devant sa maman, je lisais un article sur Bouteflika, encore une illustration parfaite des grandes tapes dans le dos que nous envoyons aux types qui piétinent la démocratie, en terre d’Islam, du moment que les échanges commerciaux sont maintenus.


Si l’on se risque à souligner la pourriture interne de cette mécanique, on vous dira que c’est un moindre mal, autrement ce serait les vieux barbus égorgeurs de femmes et d’enfants.


Évidemment.


Je regardais la petite fille, et j’avais l’impression d’être à sa place, avec une Maman virtuelle qui, à longueur de journée, me fait Pouêt, Pouêt.


Pouêt, Pouêt.


Puis, de temps en temps, elle s’arrête, me regarde, sort une trompette de son sac à trompettes.


Elle en a de toutes le couleurs, de toutes le formes, il y a des prix pour les familles.



Il y en où on a même pas besoin de souffler.


C’est tellement plus sympa quand on fait tous Pouêt, Pouêt.



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4 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Si tu permets un couac a ton pouet-pouet: mon pays, le Canada, a accepte de jouer au policier en Afghanistan jusqu'en 2011. Les soldats qu'on y envoie se faire tuer, le font au nom de "valeurs democratiques" que doivent, en principe, partager le gouvernement d'Hamid Karzai, un "allie".
Ce dernier allait, pour assurer sa popularite et donc, sa reelection, faire voter une loi qui legalisait le viol des femmes mariees.
(Vous pouvez relire ces derniers mots, c'est ce que j'ai fait, la premiere fois que j'ai lu cette horreur.)
Ce genre de connerie m'empeche de relativiser. Parce que c'est de la connerie absolue. Sans fond. Je n'ai aucune, nada, not a one, idee de ce qui pourrait etre fait pour que ca arrete.

De l'education ?
(Ecoutez monsieur Karzai, votre femme n'a pas envie, cessez de la battre, et puis vous faites peur au petit Hamid Jr. c'est tres mauvais pour son futur rapport avec les femmes ...)

Et ce n'est evidemment pas les milliards qu'Obama va queter en Europe qui y changeront quelque chose demain, ni apres-demain, puisqu'il est question de guerre.

Mais en attendant?

En attendant, eh bien pouet-pouet.

Fraternellement,
Benoit

10 avril, 2009 21:40  
Blogger katch said...

Il est heureux de ne pas réussir à relativiser ce genre de cas de figure, oui, mille fois oui.

Comme toi, je n'ai pas l'ombre de l'ombre de l'ombre d'une réponse à cela, tellement pas que je ne vois pas du tout ce que la présence armée sur place peut changer à ces affligeants cas de figure "domestiques", ces détestables manifestations d'une manière de ne pas penser qui est un défi au cerveau humain.

La dame qui est violée par son mari, même si la loi n'a pas été votée, n'a pas davantage de poids juridique, ni l'impression de pouvoir se faire entendre parce qu'il y a un drapeau canadien quelque part.

Ce qui me fait sauter au plafond, c'est quand ces "valeurs démocratiques" sont avancées en Afghanistan, mais complètement bafouées quelques kilomètres plus loin, au Turkménistan.

C'est quand la reconstruction d'un pays passe par la privatisation à tout va qui permet d'augmenter le PIB mais met encore plus la tête sous l'eau aux trois quarts de la population. C'est quand la politique des USA change parce que les contrats sont signés avec la Chine et pas avec eux.

Elles sont où, là, les valeurs démocratiques?

Le problème, c'est que l'info qui passe, c'est ce genre de "fait divers" sur quoi aucune présence étrangère n'a d'influence "concrète", alors que le gouvernement turkmène qui crache à la figure de ses habitants, c'est où? Ça existe?

Oui, cela existe, et les responsables sont plus conciliants que Karzai avec Russes et Américains, alors tout baigne.

11 avril, 2009 10:30  
Anonymous Anonyme said...

"Le problème, c'est que l'info qui passe, c'est ce genre de "fait divers" sur quoi aucune présence étrangère n'a d'influence "concrète"

Eh bien tu vois, c'est la que je pose le couac de mon impossibilite de relativiser: ce "fait divers" (qui, excuse-moi, n'en est pas un: on parle de legiferer le droit au viol)qui a fait des vagues, a oblige Karzai a reculer.
Pour le moment, d'accord.
Pour les femmes qui, apres le depart des talibans, ont vu leur qualite de vie s'ameliorer un tant soit peu, peut-on en effet relativiser, parler de privatisation, profits de multinationales - en quoi ca diminue le fait que dans leurs vies, leurs filles vont avoir connu autre chose, meme si pas longtemps, en tout cas assez pour ASPIRER a autre chose?

Les theories conspirationnistes: tu sais deja ce que j'en pense, mais ce matin, je lisais qu'une emission de tele-realite hollandaise a "acquitte" O bin Laden de l'accusation de responsabilite dans les attaques du 9/11.
Et bien tu vois, j'y vois le resultat direct des theories conspirationnistes. Bin Laden a REVENDIQUE les attaques, mais on l'innoncente parce que l'idee qu'il en soit l'inspirateur est, et je cite, "Western propaganda".
Bientot, on apprendra que les videos montrant Mohammed Atta et ses accolytes embarquant dans les avions sont des inventions filmees a Hollywood.
Tout comme d'ailleurs, les films montrant des hommes sur la lune.
Desole, mais ces derives, qui en plus, sont souvent le fait de gens qui reecrivent l'histoire a qui mieux mieux (ces histoires de Shoah...) sont proliferantes depuis l'arrivee d'Internet et comme disent les chinois, I wouldn't touch them with a ten-foot pole.

B.

11 avril, 2009 16:12  
Anonymous Anonyme said...

Et moi je rajouterai qu'en Iran, il parle le farsi, et pas l'arabe... Alors si Obama a dit 2 phrases en arabe pour se rapprocher de l'Iran, ben c'est loupé!

C'était le Raph revenu de sa montagne...!

13 avril, 2009 13:05  

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