katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mardi, mars 30, 2010

du blog qui chancelle,... (II)







"Les objets dans le miroir sont plus proches qu'ils apparaissent"


Deux pages plus loin, on apprend qu'il n'y a plus qu'une agence d'information, en Suisse. La Suisse sera désormais, à ce niveau-là, à égalité avec la Chine. Démocratie. Démocratie. Le dire dix fois sans s'étouffer. C'est dur d’accepter que le sens se fait aussi souvent la malle que le bon sens.


Christophe Gallaz est un écrivain suisse qui a dans son encrier des pétales comme ça:


« Quand les animaux sauvages auront fini de disparaître à la surface de la planète, nous ne saurons plus pourquoi nous élever au-dessus de nous-mêmes, nous ne saurons plus pourquoi nous instruire d'un autre langage que le nôtre, nous ne saurons plus pourquoi le principe de la nuance est précieux, nous n'émettrons plus que des injonctions, nous ne réagirons plus qu'à des ordres, nous n'attacherons plus de prix à la discussion, nous aurons récusé l'idéal de la Cité, nous aurons aboli la démocratie, nous roterons l'ordre et la police. »


Christophe Gallaz était, deux fois par mois, chroniqueur au "Matin dimanche", la seule feuille de chou populaire romande à parution dominicale. Je ne comprends pas qu'une plume et un esprit aussi mordants acceptent de monnayer leurs charmes à un journal aussi putassier. Je ne comprends pas, mais il y avait là-dedans quelque chose de rassurant, certains curieux pouvaient se frotter à cette voix et sentir toute la différence entre quelqu'un qui a fait de l'écriture son gagne-pain, et quelqu'un pour qui l'écriture est respiration et positionnement face au monde.


Il y avait, oui. La nouvelle rédactrice en cheffe de ce quotidien, soucieuse de voir ses lecteurs lire ce qu'ils ont envie de lire, plutôt que ce qui les inviterait à penser, a fait savoir à Christophe Gallaz qu'il ne dégainerait plus sa plume chez eux.


Je tire en longueur, aujourd'hui. Je me manifeste de plus en plus au compte-gouttes depuis que je suis de retour en Helvétie, et voilà que tout d'un coup je vous assomme.


C'est que, comme je l’a laissé entendre au début, il s'agit d'un semblant de révérence.


J'ai vraiment envie de tenter de concentrer mon énergie d'écriture, très dispersée, dans l'aboutissement de quelques-uns de mes chantiers. Alors je me dégage de ce balcon et de certaines exigences qu'il avait générées, entre moi et moi, pour mieux les orienter ailleurs.


Peut-être qu'apparaîtront parfois, ici, des traces de mon labeur. Probablement que je continuerai de changer parfois les musiques, et d'y déposer quelques photos, puisque c'est le plus souvent pour elles que je me suis vu complimenté. Avec un dépit tout d'abord amusé, puis franchement joyeux une fois que je pense à Luca, qui se fout de moi et de mon sépia; pis ça c'est rudement bonnard.


"Les objets dans le miroir sont plus proches qu'ils apparaissent"


Il y a souvent des reflets dans mes photos. Je me pose souvent cette question de l'image de l'image. De l'image de l'image dans l'image.


Rien à voir avec les rois mages. Avec Melchior peut-être. Et l'âne gris.


"Au dehors soufflait un vent chargé d'embruns et de pluie qui roulait de puissantes vagues vertes dont j'entendais le fracas, au pied du tertre, comme si c'était à des portes souterraines qu'elles se heurtaient."


C'est de nouveau Millet, qui mérite encore une révérence pendant mon semblant de révérence. Il m’est, rapport à sa maîtrise du français, une référence.


Mon tirer de rideau électronique ne pouvait être qu’un palimpseste ; un édifice bringuebalant imbriquant souvenirs, immédiateté et projections ; une silhouette dont on ne sait pas bien si elle tient de bout, si elle somnole, ou si elle n’est déjà plus qu’un drap posé sur une ombre.


"Les objets dans le miroir sont plus proches qu'ils apparaissent"


Je suis à la moitié d"Un si beau printemps" de Michel Bühler, un exemplaire dédicacé que Vivette m'a offert. Il y a dans ce livre une naïveté et une innocence qui, provenant d'un homme de cet âge, a quelque chose de miraculeux pour moi qui ausculte chaque jour, et heurte de plein fouet, l'opacité et la complexité du système tentaculaire qui nous a été livré. Michel Bühler, dans cet ouvrage, décrit son désoeuvrement avec un schéma explicatif manichéen ; il écrit ce qui lui passe par la tête, même quand rien n'y passe.


Je ne sais pas comment faire pour que rien ne passe dans ma tête.


"Les objets dans le miroir sont plus proches qu'ils apparaissent"


Je vous avais déjà fait miroiter un refrain aux mêmes teintes, après être allé voir « Le ruban blanc ». Je pourrais changer de disque, c’est vrai.


Mais les miroirs.


Cette surface plane qui nous fait face, nous renvoyant nos traits, nous invitant à les interroger, ainsi que ce qui se trouve à l’intérieur. On peut y contempler les méandres que notre histoire trace, a tracé, tracera dans le temps. On peut, si l’on veut, s’y rappeler comment nous étions, petits ; on peut apprendre à s’y accepter enveloppé d’un certain âge, on peut apprendre à s’y aimer les cheveux décorés de gris.


On peut y faire cet effort sur soi, mais quand on s’y projette dans un futur proche, on peut légitimement s’inquiéter sur le cadre dans lequel il nous sera ordonné de nous surveiller, ainsi que nos voisins.


Ce serait bien qu’on réussisse à ne pas tous se confondre avec ces objets dans le miroir ; des objets décapitant allégrement droits et libertés ; des objets qui, effectivement, sont trop proches pour disparaître.


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6 Comments:

Anonymous Denise said...

"Il y a souvent des reflets dans mes photos. Je me pose souvent cette question de l'image de l'image. De l'image de l'image dans l'image."...
J'aime cette question et les dessins, peintures ou photo qui nous la rappelle...

J'adore...
"J'ai vraiment envie de tenter de concentrer mon énergie d'écriture, très dispersée, dans l'aboutissement de quelques-uns de mes chantiers. Alors je me dégage de ce balcon et de certaines exigences qu'il avait générées, entre moi et moi, pour mieux les orienter ailleurs."


Et..."Rien à voir avec les rois mages. Avec Melchior peut-être. Et l'âne gris."... celui-ci (ou là?)bien plus encore ;-)

Et puis, je comprend à quel point tes exigeances entre toi et toi, puissent être devenues enfermantes ou contraignantes... après avoir été/tout en étant amusantes ou plaisantes ou ? ... mais "je tiens tout de même à dire" que j'en ai bien profité ;-) (et je crois d'autres aussi, mais je ne me prononce pas)..."j'ai dit ;-)"....
Et je crois bien que je reviendrai y puisser de l'inspiration, même s'il n'est plus mis à jour (tu le laisse en ligne tout de même? ou tu souffles la chandelle qui chancelle?)... parce que voilà, moi, j'aime bien tes extraits de textes...ils me donnent envie de découvrir d'autres mondes de mots et de papier....et puis j'aime bien aussi tes mises en perspectives de l'actualité, il me semble qu'elles restent actuelles peu important quand on les lit.
Alors, en attendant de te lire à nouveau, je t'envoie une bulle d'énergie concentrée pour la continuation de tes projets.
Becs
Denise

PS: Finalement je suis restée en français...et je me plaît bien à suivre Alexandra David-Neel à Lhassa...
Et puis la parisienne, Alice et Annie (bien que la première soit 40ans plus vielle que la seconde et 80 ans plus âgée que la dernière...) ont qqch de semblable que j'aime bien, peut-être juste le fait que ce soit des femmes écrivantes (on dit comment selon l'aCADEMIE?) ou que leur prénom commence par A...va savoir...

30 mars, 2010 22:06  
Blogger Alexandre said...

"Cette surface plane qui nous fait face, nous renvoyant nos traits, nous invitant à les interroger, ainsi que ce qui se trouve à l’intérieur. On peut y contempler les méandres que notre histoire trace, a tracé, tracera dans le temps."

À lire ces mots je me réjouis bêtement et simplement de voir tes projets gémir de ta plume. J'espère que tu parviendras à tracer ton arabesque a souhait.

http://www.youtube.com/watch?v=GWpV7L4YHuU

Good luck my man!
Alex

31 mars, 2010 05:50  
Anonymous Julien said...

Arrêter Katchdabratch? Impossible! Ma dose de littérature quotidienne/hebdomadaire disparaîtrait ainsi? Je ne peux m'y résoudre. Publie au moins un article de temps en temps, par pitié! Et où trouverais-je ma musique matinale?!

Attends-toi à un interrogatoire digne du Politbüro dès lundi!

31 mars, 2010 08:42  
Anonymous Anonyme said...

Très triste que tu choisisses de ne plus "alimenter" ton blog...
J'avais tellement de plaisir à te lire et à te découvrir à travers tes textes généralement magnifiques...D'autant plus difficile pour moi que ces textes étaient un peu le "cordon ombilical" qui nous reliait, et qui me permettait de savoir à quoi tu en étais dans tes "périgrinations", toi, l'être pour moi le plus cher, mais aussi le plus secret...

Je souhaite juste que je ne te perde pas tout à fait en perdant ce fil conducteur...
Je sais que tu as plein de projets que tu dois amener à maturation, alors j'espère qu'ils te donneront toutes les satisfactions escomptées..

Clé

01 avril, 2010 07:23  
Blogger Ondine said...

Je sais que, quoi que tu décides, tu ne resteras jamais bien loin des mots et là est l'essentiel... et le fait que nos routes se soient croisées. :)
Je t'écris tout à l'heure. Bisous.

01 avril, 2010 19:37  
Anonymous gmc said...

"Je ne sais pas comment faire pour que rien ne passe dans ma tête."

on peut formuler de cette manière "je ne sais pas comment faire pour cesser d'imaginer qu'il se passe quelque chose dans cette tête que je revendique mienne."

ou comment se dissocier du vent...^^

04 mai, 2010 09:34  

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