katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

samedi, décembre 04, 2010

devenir sanglot silencieux






« « Mais qui es-tu, toi? » demanda-t-elle.


Question simple. Cinq mots enchaînés et nus, proférés sur un ton candide. Cinq mots. »


De la poussière de neige scintillante, virevoltante, accueillait la frimousse du soleil; l'air, dans ce lieu étrange où des bus et des gens se prêtaient à une chorégraphie maladroite et fatiguée, me remémorait les paillettes que Céline, mercredi, avait dispersées sur ses fossettes.


Elle a animé une belle rencontre avec Martin Page, ce dernier ayant démontré, fidèle à un des aspects qui me plaît dans ses livres, une remarquable envie de faire découvrir les œuvres de personnes qui comptent pour lui, de remercier les êtres qui cheminent à ses côtés.


Un texte qui me chavire particulièrement, ici.


J'ai aimé aussi son emportement lorsqu'il est question de comportements dans lesquels s'impose un rapport de force. La hiérarchie n'a pas les faveurs de sa cote. C'est aussi pour cela que, ainsi que Romain Gary dont il a été beaucoup question, il se tient loin de toute coterie.


« « Mais qui es-tu, toi? » demanda-t-elle.


Question simple. Cinq mots enchaînés et nus, proférés sur un ton candide. Cinq mots. »


Sur la route, j'ai lu « et maintenant dansez » d'Andrès Barba. Quand je suis tombé sur cette "question simple", les émissions à propos de Gary, visionnées le soir précédent, me sont revenues avec force.


Quand on le voit, il est la plupart du temps caché vulgairement derrière son cigare. Les images nous le montrent en train de s'accrocher au déguisement lui permettant de jouer les rôles qui lui collaient à la peau; ceux choisis par sa maman et ceux déterminés par les personnes qui, sans le lire, n'ont eu de cesse de le démolir.


Même quand il rit, c'est une détresse, terrible, qui surgit.


Jean Seberg, resplendissante, dit que pour ce qui est de son mari, elle trouve qu'elle a bien choisi; elle n'en revient pas de l'enfant qui est sans cesse en lui; à ses côtés, elle se sent plus vieille.


Dans « Chien blanc », Gary écrit exactement le contraire.


Les deux affirmations son exactes; sa vie, ses vies, se résument à cette oscillation permanente.


L'imagination longtemps le sauvant des attaques à mains armées d'une lucidité désespérée.


Profondément dépressif, il a écrit « Pour Sganarelle », une « recherche d'un personnage et d'un roman » qui est une ode à la création et à la jouissance.


Jean Seberg, encore:


« Toujours, en lui, ce questionnement: Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? »


Quand Paul Pavlovitch intervient, mon regard se brouille, je deviens sanglot silencieux.


Pourquoi?


Pourquoi?


Pourquoi?


« « Mais qui es-tu, toi? » demanda-t-elle.


Question simple. Cinq mots enchaînés et nus, proférés sur un ton candide. Cinq mots. »


A Salamanque, j'ai commandé un café et un ice-tea.


Le serveur m'a apporté un café et un whisky.


Gary, c'est un peu ça sa vie.

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9 Comments:

Blogger Dalaiama said...

Hello mon ami :)
merci pour mon blog est link ici :)
vous êtes simpatique merci et excuse-moi mon terrible français :p
Je veux bons et heureux temps pour vous :))) All the best!

05 décembre, 2010 20:39  
Anonymous Anonyme said...

Bien pensé à toi la semaine derniére,il y a eu un reportage sur Romain garry ,j'ai pu me faire une idée du personnage ! Il me ferai presque peur la nuit au coin d'un bois! Hi hi hi.Voilà une histoire de vie bien chahutée !
Bisouxxxx taratata

06 décembre, 2010 21:43  
Anonymous gmc said...

pourquoi chaviré par le texte de page?il dit sa peur d'être oublié mais, la peur n'évitant pas le danger, il le sera quand même^^
connais-tu le texte de bukowski "so you want to be a writer"?
dans l'ensemble, le texte de martin page est fortement romantique et nostalgique, celui de hank, non^^
tiens, j'ai retrouvé le texte:


if it doesn't come bursting out of you
in spite of everything,
don't do it.
unless it comes unasked out of your
heart and your mind and your mouth
and your gut,
don't do it.
if you have to sit for hours
staring at your computer screen
or hunched over your
typewriter
searching for words,
don't do it.
if you're doing it for money or
fame,
don't do it.
if you're doing it because you want
women in your bed,
don't do it.
if you have to sit there and
rewrite it again and again,
don't do it.
if it's hard work just thinking about doing it,
don't do it.
if you're trying to write like somebody
else,
forget about it.


if you have to wait for it to roar out of
you,
then wait patiently.
if it never does roar out of you,
do something else.

if you first have to read it to your wife
or your girlfriend or your boyfriend
or your parents or to anybody at all,
you're not ready.

don't be like so many writers,
don't be like so many thousands of
people who call themselves writers,
don't be dull and boring and
pretentious, don't be consumed with self-
love.
the libraries of the world have
yawned themselves to
sleep
over your kind.
don't add to that.
don't do it.
unless it comes out of
your soul like a rocket,
unless being still would
drive you to madness or
suicide or murder,
don't do it.
unless the sun inside you is
burning your gut,
don't do it.

when it is truly time,
and if you have been chosen,
it will do it by
itself and it will keep on doing it
until you die or it dies in you.

there is no other way.

and there never was.

07 décembre, 2010 10:35  
Blogger katch said...

Dalaiama: Tenho o prazer de aproveitar os teus desenhos nas ruas, parece-me normal que estas um pouco no meu universo tamben. Muito obrigado para tudo.

Taratata: Content que tu aies passé un moment avec Romain. Je te promets que je veillerai à ce que ton petiot fasse le fou comme il se doit dans quelques jours.
:-)

GMC: E pa!!! comme ils disent ici. Wouaw!! pour ne pas être beaucoup plus prosaïque. Merci de porter à ma connaissance ce crochet du droite de Bukowski.

Il me chavire parce que, au-delà de la peur d'être oublié, j'aime quand ce souci façonne de la beauté, met en forme une sensibilité, et rend hommage à d'autres voix qui ont compté; au moins à hauteur de papier.

Et j'y sens des échos au "à la mémoire" qui ouvre "Les Cerfs-volants", le dernier livre de Gary.

07 décembre, 2010 10:51  
Blogger Dalaiama said...

Cher katchdabratch, merci pour ta répondre, tu es gentil. Aussi congratulations pour ton blog, il a beaucoup des images trés jolies.
Je te souhaite le bonheur :)

07 décembre, 2010 21:04  
Anonymous gmc said...

tiens, écrit cet après-midi

BRÛLE LA BRAISE

L'orage est une petite femme

Qui boit le vin des morts

Son éducation européenne

Comme une tulipe dans le grand vestiaire

Où les couleurs du jour

Reflètent les racines du ciel



A la promesse de l'aube

Johnny Coeur rend grâce

A nos illustres pionniers

Lady L et un clochard à ski

Deviennent mangeurs d'étoiles

Pour Sganarelle qui mène

La danse de Gengis khan

A la tête coupable

Pour un adieu à Gary Cooper



Un chien blanc s'enivre

Des trésors de la Mer Rouge

Les enchanteurs d'Europe

Savent que la nuit est calme

Quand au delà des limites

Où les tickets se périment

Un clair de femme à charge d'âme

Laisse émerger la bonne moitié

Des clowns lyriques et des cerfs-volants

Traces de la braise sans fin

De l'homme à la colombe

11 décembre, 2010 22:04  
Blogger katch said...

Très cher GMC, merci infiniment!

11 décembre, 2010 22:08  
Anonymous Anonyme said...

Beautiful, inspired ,clever text , a moving tribute to Romain Gary !

Compliments to the author , whom I believe to know,
and heartfelt thanks to our adorable Katch for sharing his thoughts,
impressions and moods with us.

Melilotus

14 décembre, 2010 11:23  
Anonymous Anonyme said...

Par toi, je connaissais l'écrivain, j'ai cherché à en savoir plus sur le personnage, car, tant ses écrits que son histoire me bouleversaient, me faisant fortement penser à quelqu'un que nous connaissons bien tous les deux: voulant faire plaisir à sa mère, fortement dépressif, mais d'une intelligence et d'une sensibilité excessive, le pousant à aller toujours plus loin dans sa recherche du"bien faire"...
Dommage que sa vie se soit terminée si tôt, mais cela aussi, il l'aura choisi... et réussi...
Clé

16 décembre, 2010 15:14  

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