katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

jeudi, mars 10, 2011

dans la peau d'une ombre




Me baladant il y a peu, être fuyard, le long d'un sentier trop bien balisé, j'ai noté ce qu'il était dit, sur un panneau fort instructif, du Hêtre foyard: « Sa tolérance à l'ombre en fait le roi de nos forêts, le plus important feuillu du canton. »


Hier matin, une envie pressante: m'asseoir sur un banc avec un livre, de préférence des pages de Rodrigo Fresan, puis calmement disparaître dans la lecture. N'être plus que ma silhouette projetée sur le sol. Une ombre épargnée par le soleil. Devenir l'œuvre d'un artiste anonyme. On pourrait venir s'allonger sur mes contours pour faire la sieste, ou simplement siroter le contenu de son thermos. Je soufflerais alors discrètement dans votre tasse pour la refroidir. Je ferais des grimaces que seuls les enfants pourraient voir.


Je serais une caresse future qui viendrait vous réconforter dans le passé. Un souvenir accueillant qui ne vieillirait pas.


Ma folle errance dans la peau d'une ombre ferait de moi le trône privilégié de quelques farfadets; discrète antithèse d'une certaine précipitation permanente, mon manque d'importance me permettrait de faire un carton.


De quoi construire d'autres bancs. Des tables aussi. J'accueillerais les rires et les larmes de toutes ces personnes, pour l'heure fantasmatiques, qui offrent à Marine la Peine de défigurer en tête des premiers sondages pour la présidentielle 2012.


Ma folle errance dans la peau d'une ombre. Un bien beau titre qui me rappelle combien Lisbonne, c'est de la peau. On peut s'y frotter, on peut la caresser. Elle peut se blesser.


Places, escaliers, façades. Personnes âgées aux fenêtres, enfants jouant dans la rue. Une infinité de corps dessinant une sensualité de chaque instant. Morts et vivants, ensemble. Frontière pas toujours claire.


On peut se joindre à ses respirations multiples, on peut danser avec ses fantômes.


Entre Lisbonne et moi, il y a quelque chose de physique; ainsi qu'une valse à mille temps d'éléments d'attraction.


Comme avec la musaraigne.


Pour m'endormir dans le souffle de la seconde, j'ai momentanément quitté la première.


De retour en Suisse, donc.


Dans le train qui me menait d'Yvonand à Fribourg, des ados discutaient devant moi. Ils se marraient parce qu'ils avaient fait fuir un couple qui aspirait à plus de tranquillité. Ils parlaient de leurs cours. Un a dit: « T'imagines si on avait des présentations en math?!? ». Un autre a répondu: « Trop pas ». Quelqu'un a laissé échapper : « Pardon?!? »; ah je crois que c'était moi. Trop moi.


Je les trouvais plutôt attachants, jusqu'à ce qu'ils commencent à parler d'un travail qu'ils devaient faire à plusieurs. L'avis, à l'unanimité, étant que « c'est trop re-lou de bosser avec les faibles ».


Trop pas. Trop re-lou. La compétition - trois niveaux scolaires, en Suisse, depuis 11 ans – comme psychotrope.


Trop chouette.


Les faibles, les gens (« De toute façon les gens... »), les Suisses (« Alors c'est vrai que les Suisses...?!?»), les Portugais (« Alors comment ils sont les Portugais?!? »), les footbaleurs (« C'est incroyable ce que les footballeurs... »), les étrangers (je vous laisse compléter), ...


Écrire, pour moi, c'est beaucoup hurler contre ces généralisations qui desservent la pensée, mais dont on se sert chaque jour par pellées.


Je suis allé assister à une discussion sur intellectuels et engagement, à l'université de Fribourg. Jérome Meizoz y a dit quelque chose qui n'arrête pas de me foudroyer depuis quelque temps: « il est important de parler par le langage, non pas d'être parlé par lui. »


Ça vous semble tiré par les cheveux?!?


Moi j'y pense quand je constate combien de gens en souffrance, autour de moi, se débattent avec des mots empêtrés à force d'avoir été empêchés. Des monceaux de douleurs entre gorge et poitrine, mais on ne sait pas quoi en faire puisque partager, échanger et écouter n'ont jamais été présentés comme des priorités. Et la télé, ses gargarismes stériles et débiles, pour les achever.


Ça me trotte dans la tête quand je lis que, pour nombre d'envoyés spéciaux qui couvrent le « printemps du renouveau arabe », alcool signifie liberté; ou que parler de « barbus » semble représenter tellement plus qu'une simple indication de pilosité faciale.


Cela me titille aussi quand ma grande sœur, bientôt enseignante en cycle d'orientation, dit que pour elle, « un bon film est un film qui me divertit. »


Le langage est ce que l'on en fait, mais pour cela faut-il encore lui prêter attention, ne pas le considérer seulement comme un outil pour la communication de masse ou la publicité.


Écrire, pour moi, c'est beaucoup hurler contre ces généralisations qui desservent la pensée, mais dont on se sert chaque jour par pellées.


La langue, cela ne va pas sans heurts, est faite d'aigreur et de douceur. Des nuances de couleurs, voilà ce qui affleure quand on effleure ces oripeaux.


Je regarde Fribourg, du bout des yeux.


Je me régale à Fribourg, mon cœur qui bout.


Je regarde Fribourg, oui, mais je n'ose pas y toucher.


De peur de déranger.


Je zyeute toutes ces voitures neuves, un peu partout. Presque tous les parkings, en Suisse, pourraient être des devantures de magasin d'automobiles.


« Plutôt que de boycotter Tamoil, tu f''rais mieux de t'rappeler que t'as des guiboles, tes colles! »


Ma folle errance dans la peau d'une ombre.


De passage à Champagne, j'ai demandé de la purée de pomme-de-terre, du choux rouge et de la saucisse à rôtir à ma grand-maman. Hier, j'ai eu une envie irrépressible de croissants aux jambons.


Des saveurs qui viennent d'autres période de ma vie. Aujourd'hui, il est toujours possible de manger des plats d'un peu partout. Donc on n'a plus vraiment l'impression de déguster quoi que ce soit venant d'ailleurs. Tout est à portée de main.


Avoir fait de ma vie des microcosmes distincts me déroule le refuge de l'enfance. Quand j'ai envie d'un goût qui vient de loin, c'est là-bas que je vais le chercher.


Je deviens ma propre caresse future venue me réconforter dans le passé.


Un souvenir accueillant qui ne vieillit pas.

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5 Comments:

Anonymous lil said...

Que c'est beau! Des pellées de perles ensoleillées :) qui fait sourire en couleurs !Merveilleux! milbises.

10 mars, 2011 21:50  
Anonymous Anonyme said...

" « il est important de parler par le langage, non pas d'être parlé par lui. »

Ça me rappelle ceci:

« il avait remarqué également que certaines choses qu’il sentait pourtant profondément changeait de sens au contact des mots, au point que non seulement il n’arrivait pas à les communiquer, mais qu’il ne les reconnaissait plus lui-même en les prononçant. » (Les Racines du ciel)

Ce qui, à son tour, me rappelle cela:

« Je percevais parfois autour de moi des tentations de langage, mais les mots avorteurs reprenaient aussitôt les choses en main. »
(Pseudo)

B.

12 mars, 2011 19:13  
Anonymous Anonyme said...

Reconnaissant le concept de Lucrèce –que ‘ la NATURE n’est pas une Mère, mais une Marâtre pour nous ’ ,
repris du poète et philosophe italien Giacomo Leopardi (1798 –i837 )
dans une de ses magnifiques Operette Morali,

et

pour fuir l’horreur du séisme japonais et ses victimes, la radiation et ses futures conséquences, ainsi que les atrocités maghrébines etc (cette fois humaines , et pourquoi humaines , comme si l’homme est une espèce tellement grandiose, illuminante, unique ???

J’aimerais mieux dire au sens positif - chienenne . ou chatienne…

15 mars, 2011 15:52  
Anonymous Anonyme said...

Lisbonne et la M.- quel bizarre parallèle entre deux objets d’amour !
Ai-je bien compris ?

Quel mode insolite de s’endormir dans le souffle ( doux, soyeux , parfumé ?)d’une souris !!! Seulement le nom de ce rôdeur ( ou pas ?) sans parler de ses images- ugn ugh !- que les livres, nous proposent, a un effet – pardon – vraiment nauséabond pour moi . Une aversion totale, dirais- je une faiblesse personnelle –car les mots évoquent pour moi immédiatement l’image , même la perception complète de l’objet ,qu’ils introduisent

En comparaison
le souffle smoggué, polluée. suffocant de Lisbonne me semblerait comme une symphonie d’arômes célestes …

Réfléchissant encore sur le sujet dormir ,dormeur.

Vous savez bien ce qui nous enseignent les scientifiques, les psycholoques et les poètes, que l’amour , allergique au sommeil, est son voleur détestable, son pire ennemie , tout court ?
Y a-il quelqu’un /une ( souris ?) qui aurait souri à cette affirmation ?

Gentillesse … finalement

Cher
photographe de talent , est-il juste d’attendre si longue avec impatience une somptueuse image de la bellissime M. pour ajouter aux celles de Lisbonne ?…

Est-il trop de vous demander de nous parler encore de votre magnifique Muse ( sans la a----e en suite ). pour que nous tous , aussi, la puissions aimer et admirer ?

Merci .


Note personnelle. :

Pénitence pour cette dissonance avec le monde de jouissance …

Vous pouvez facilement identifier l’auteur anonyme puisque d’après vous ’Il y a
une seule personne au monde qui peut écrire cela ‘ ( i.e. audace à la marge de l’insolence , Idées, ? textes, ? syntaxe ? orthographe ,extrêmement déplorables ) accompagnés quand même d’une grande admiration Katchienne

Comme elle sait qu’il y a un seul Katch pour l’accepter, en le publiant.

Dulcis in fundo :, ( de mémoire )

« La grande musique je ne la connais pas ,
mais la musique des mots , CELLE- CI je la connais vraiment bien »

Romain Gary

15 mars, 2011 15:58  
Blogger Diplomate du Binch Club said...

ou Katchist? un peu che-lou, mais pourquoi pas...

joyeux retour et bon départ!

18 mars, 2011 23:26  

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