katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

mercredi, décembre 15, 2010

des pensées qui tremblent





Il y en a de toutes sortes, certains extrêmement soignés, d'autres qui semblent plutôt avoir été crachés, juste quelques traits sur un mur pour laisser sa marque quelque part.


Il y en a qui hurlent, d'autres qui sifflotent.


J'ai entendu un enfant demander à son père, qui lui avait expliqué qu'il s'agissait de graffitis, s'ils étaient dessinés par des artistes.


Euh. Eh ben c'est à dire. Euh.


Sa difficulté à répondre s'est perdue dans les pas qui nous éloignaient.


Artistes, oui; « artiviste » se revendique JR, roi pour magnifier de grandes façades de manière éphémère.


Loin des galeries, refusant de s'acoquiner avec ceux qui sont juge et partie, il y a, dans ces dessins rythmant le décor urbain, une fraîcheur qui ravigote, un besoin de donner à voir la petite popote née parfois d'un défi entre potes.


Je pourrais écrire cela, au coin d'une rue:


« Je ne cherche que des pensées qui tremblent. Il y a une rougeur qui appartient à l'intérieur de l'âme.


Je l'ai piqué, du bout des doigt, dans « Les ombres errantes » de Pascal Quignard; elles étaient tranquillement étendues sur le sol, elles m'invitaient.


« La main qui écrit est comme la main qui affole la tempête. Il faut jeter la cargaison à la mer quand la barque coule. »


J'y suis retourné voir quelques minutes, me replongeant dans certains passages, au hasard de la cadence de mes doigts sur les pages.


Le Goncourt a été délivré à ce livre fascinant, en 2002. Une année remarquable qui avait non seulement permis au Brésil de brandir à nouveau la coupe du Monde, clôturant une édition qui avait vu la Turquie et la Corée apporter une touche de folie aux joutes footballistiques; mais une année qui avait surtout permis à l'œuvre d'Imre Kertész d'avoir le retentissement qu'elle mérite.


J'y pense ce matin après que le discours de Vargas Losa a fini par choir dans mon bol, dépité que j'étais. Je n'ai pas réussi à en lire la moitié.


Ce n'est pas, comme le prétend le titre, un éloge de la lecture et de la fiction, mais bien une apologie du libéralisme et de sa propre personne.


Cela ne passe pas de lire un texte comme ça alors qu'il y a un mois je terminais « L'impunité des bourreaux » de Carlos Liscano.


Pour faire plaisir au nouveau Prix Nobel, à ce grand amoureux de la démocratie quand elle rime avec vigueur de l'économie, je vais le mettre dans la poubelle de Max. Comme le sac est deux fois trop grand, on dirait qu'elle a mis une burqa. Entre personnes qui ont des œillères, ils devraient s'entendre.


2002: Quignard et Kertész.


2010: Houelle-beurtch et Vargas Glosa.


Heureusement que l'Espagne a été sacrée sur un but d'Iniesta, ceci rattrape en partie cela.


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