katchdabratch

S'engouffrer dans le sillon de mots indociles; y façonner des points d'appui, pour soi et quelques autres. Pétrir les silences qui sont une partie du terreau où s'ensemence ce qui nous dispose dans le jour. Les inviter à s'ébrouer. Apparaît alors parfois une ouverture, elle offre au souffle un fragment de miracle: ne plus craindre la douceur.

samedi, avril 09, 2011

des mots comme des (vieilles) branches







A Port-au-Prince, les Haïtiens ont donné un nom au tremblement de terre du 13 janvier 2010 : Goudougoudou. C'est, selon ceux pouvant revendiquer la paternité de l'appellation, le bruit produit lors de ces secondes de funeste mémoire. Le même que celui d'une cafetière italienne. Voilà qui sonne aussi presque comme la manière dont ma maman, affectueusement, s'adresse à moi. Encore que, depuis peu, pour ne pas me couvrir de ridicule en public – tout de même, un grand garçon comme moi -, elle me sert du : fils. Absolument, quand elle me parle, elle dit : fils.


Entre nous, j'aime beaucoup mieux être du café qui tangue sur l'échelle de Richter.


Pour ce qui est des expressions improbables qui ont rythmé nombre de mes années, elles ont souvent été inaugurées par Petchal et Sergio. Ils nous ont presque offert une mythologie, concoctées à base de films, chansons, ou autres délires vécus ici ou là. Le baron, surnom du deuxième larron, est venu passer un peu de temps par ici, de dimanche à mardi.


Comment ?!?


Non, non, je ne vous propose pas un moment facebook, promis. Je suis désolé, j'ai cette faiblesse d'avoir l'impression que « n'importe qui » écrivant sur un traumatisme consécutif à des mois passés dans un vide-poche, ou Vila-Matas racontant ses déambulations avec son ombre, ce n'est pas pareil.


Je ne suis par Vila-Matas, et Sergio n'est pas l'ombre d'un vide-poche ; vous n'avez pas tout à fait tort. Mais je suis parfois, quand il s'agit d'écriture, un acharné tranquille.


Nous pensions tout d'abord partir pour une randonnée de deux jours, mais comme le temps n'était pas clément, lundi au réveil, nous avons opté pour une solution fragmentée. Tour du lac de Péroles, lundi. Vallée du Gottéron, mardi matin. Ce n'était pas prévu, mais la deuxième boucle a été faite en partie en ayant l'impression que nous étions des figurants dans un volet inédit de Star Wars ; il y avait des gaillards de la protection civile qui sortaient de partout, avec habits oranges et tout et tout.


« Vous venez nous donner un coup de main ?!? »


« Pas vraiment. »


« Un coup de pied ?!? »


« Euh... »


Ils font un sacré boulot, ceci dit. Dès que le temps n'est pas au beau fixe, il y a pas mal de glissements de terrain et autres réjouissances, par ici. J'avais, cheminant, les mots de Chappaz qui figurent sur un marque-page de la bibliothèque : « Va-et-vient des mots comme des branches : où allons-nous ?!? ».


En ce qui nous concernait, nous filions vers une röstizza – poëllée de patates garnie comme la pizza de notre choix - bien méritée. Déjà nos ventres qui s'égayaient. Mais non, le Café de l'Ange était monopolisé par la bande qui réaménage les sentiers. Du coup, Soleil Blanc. Comme je l'ai expliqué à Sergio, il y a, pratiquement en face de la terrasse où nous nous sommes prélassés, un petit lieu privilégié.


Sur une des dernières portes de la rue de la samaritaine, on peut en effet souvent distinguer une petite plaque. Il est écrit dessus : jardin de lecture, ouvert. Le curieux qui entre va alors, au bout du couloir, découvrir sur sa droite une étagère avec quelques livres. Il glissera ensuite son nez dehors, puis le reste du corps, pour se poser tranquillement autour de la table accueillante, surplombant un petit jardin. Juste plus loin, la Sarine, qui coule gaillardement. C'est endroit inattendu, et pour tout dire inespéré, est à la disposition de tout un chacun.


Je passe par là avant d'aller travailler à la marionnette. Je m'assieds d'abord sur un banc ensoleillé, devant la fontaine de Sainte Anne, puis je viens humer cette belle disponibilité. Je pense alors à Gombrich. Il dit, dans l'introduction à son « Histoire de l'art », qu'il aimerait que son livre aide les yeux à s'ouvrir et non les langues à s'agiter.


On a fait les deux, avec Sergio; trop longtemps que ce n'était pas arrivé. Il trouve très drôle cette manière que j'ai de parler de personnes que mon interlocuteur (ou mes lecteurs...) ne connaît (connaissent) pas forcément en utilisant simplement leur prénom, comme si c'était évident. Ça l'est vraiment, je crois. On sait et sent qui ils sont à travers ce que j'en dis. Il s'agit de déplier le monde sur notre intimité, plutôt que le contraire. C'est aussi là que réside la différence entre facebook, de la mauvaise autofiction et une écriture qui nourrit.


Umberto Ecco a accordé un entretien au Monde, dernièrement. Quand le journaliste lui demande à quel moment la matière qu'il accumule pour ses recherches théoriques devient celle d'un roman, il le renvoie au terme de « catastrophe », en mathématique. Avant, il y a un certain état ; après, un autre. Le sommeil est de cet ordre, dit-il.


Certains livres et certaines rencontres sont des catastrophes indispensables.

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